Rescencement des haies

Le 12 juin 2011.

Journée d'inventaire

1 La commune de Saint Aubin-de-Bonneval, qui se situe au nord du Pays d'Auge ornais (à la frontière avec le Calvados), s'inquiète de la disparition de bon nombre de haies sur le territoire communal devant la pression exercée par certains agriculteurs à l'image de quelques communes voisines déjà bien atteintes. Persuadée de l'importance écologique et paysagère de son réseau de haies, la municipalité envisage la protection, au moins d'une partie, de ses haies. La réalisation d'un PLU, voire même d'une carte communale, ne semble pas justifiée (eu égard à l'enjeu) ni même envisageable (pour des raisons pécuniaires en particulier). Un article de loi du code rural permet cependant des mesures de protection si un inventaire est réalisé et soumis à enquête publique. C'est la voie choisie par la commune qui fait alors appel à l'AFFO pour réaliser cet inventaire.

Préparation

L'association, très intéressée par cette initiative et soutenant toute mesure ou action visant à préserver (et mettre en valeur) le patrimoine naturel, répond favorablement à la requête de Madame le Maire, après plusieurs rencontres pour cerner la demande et cadrer un peu le projet. L'AFFO se chargera de réaliser l'inventaire, même si les délais qui nous sont accordés sont très courts !

2 Une administratrice de l'association est chargée de piloter le projet : Aurélie Chalumeau. Titulaire d'un master en écologie, et disponible en ce moment, mais toute nouvelle dans l'association et un peu impressionnée par la charge, je lui donnerais un coup de main. Après la réalisation d'un premier inventaire des haies à partir de photos aériennes et de cartes IGN, puis la création d'un fichier informatique (avec l'aide d'un adhérent de l'association et de Cédric), Aurélie établit les cartes de prospection, une liste numérotée des haies. Nous définissons des " classes " de haies, que Teddy, notre " service civique ", met en image au moyen de gouaches et nous mettons au point une grille de notation des haies. Après un test grandeur nature sur les communes de la vallée du Sarthon et un autre in situ à Saint Aubin-de-Bonneval, la fiche de relevés est finalisée et organisée de façon à faciliter la future saisie informatique.

Il n'y a plus qu'à … ! Un appel est alors lancé auprès des adhérents de l'AFFO pour trouver des bénévoles afin de réaliser le travail de terrain : plus nous serons et plus le travail pourra être fait sur une journée (c'est l'objectif que nous nous sommes fixés !).

A la demande de la municipalité, une réunion publique est organisée à la mairie de Saint Aubin-de-Bonneval afin de présenter la démarche et recueillir les remarques des habitants. Elle s'est déroulée le mardi 17 mai en soirée. Devant une forte présence, l'AFFO a présenté la problématique et l'organisation envisagée, répondant également aux nombreuses questions venues d'agriculteurs du village. Des témoignages vinrent enrichir les échanges. Un représentant de la Direction Départementale des Territoires (DDT) présenta les mesures et les aides possibles pour la protection et la replantation des haies. Madame le Maire a pu également expliquer la position de la municipalité sur le sujet et les perspectives envisagées. Après un verre de l'amitié et quelques toasts au camembert, la soirée s'est achevée dans une très bonne ambiance.

Le travail de terrain

3 Le samedi 21 mai à 9 heures, les volontaires avaient rendez-vous sur le parking de l'église (remarquable) de Saint Aubin-de-Bonneval. Ce ne sont pas moins de 18 personnes qui sont présentes ! Autour d'un petit café offert par la municipalité, Aurélie prend les choses en main : elle explique la démarche, la méthode de travail, distribue le matériel, répartit les équipes de deux et les zones à prospecter. Puis tout le monde s'égaye dans la nature, cartes et fiches en main, jumelles en bandoulière pour rejoindre son secteur. Rendez-vous est donné dans trois heures sur la place de l'église pour la pause repas du midi.

Pour ce qui me concerne, je fais équipe avec une adhérente de l'association que je n'avais pas encore eu le plaisir de rencontrer : les équipes avaient été faites aussi dans ce sens, à savoir favoriser les échanges et les différents points de vue, réunir des " habitués " de l'environnement et des " novices ". Nous partons pour la zone 5 (une des deux plus grandes à prospecter avec le plus de haies !) et nous stationnons la voiture du côté de la Hérissonière, joli nom de lieu-dit. Nous pénétrons rapidement dans la nature au rythme de nos pas et des haies à inventorier :

" - Et cette strate, elle est plutôt discontinue ou lâche ?
- Moi je dirais plutôt lâche.
- Ah bon, moi je la voyais discontinue parce que … "

Au début, il fallut homogénéiser les points de vue, les discussions âpres mais conviviales s'enchainent au milieu de magnifiques chemins creux parfois bordés de têtards, ouvrant sur des paysages splendides et encore très bien sauvegardés. Nous avons eu la chance que l'on nous ait attribué une des plus belles zones de la commune : un véritable régal encore très bien sauvegardé. De plus, le temps idéal pour ce genre d'exercice est au rendez-vous : du grand soleil avec une température très supportable ! Et nous enchainons les chemins et les fiches se remplissent. Certaines haies occasionnent bon nombre de discussions, d'échanges, certaines ne sont pas visibles du domaine public (nous n'avions pas l'autorisation de pénétrer dans les propriétés privées), d'autres ont disparu, d'autres encore n'étaient pas répertoriées. Il fallait donc les créer (localisation sur la carte, numéro d'identification suivant une procédure définie au départ …). Entre deux haies, entre deux paysages, les discussions avec le(a) collègue vont bon train. Exercice très convivial ! Mais le temps passe vite, il est déjà midi vingt : il faut rejoindre le reste de la troupe, il va être le temps de manger. La marche à pied, çà creuse ! Et tout le monde (ou presque) se retrouve au pied de l'église à l'heure dite, quelques retardataires sont un peu perdus dans la pampa ! Mais tout le monde se retrouve quand même.

4Autour de l'apéritif, chacun échange son expérience de terrain, ses problèmes, ses questions, les réponses que chacun a trouvé. Aurélie chapeaute le tout, distille conseils et remarques, fait le point, affine le travail. Puis autour d'un couscous, … royal !, les langues continuent de mener bon train, la bonne humeur est au rendez-vous. Cà fait du bien : excellent, copieux et convivial ! Après le repas, les équipes repartent sur le terrain et continuent le travail jusqu'en fin d'après-midi. Plusieurs groupes on rencontré des propriétaires, au courant de l'inventaire, qui les ont accueillis chaleureusement ; Certains ont même ouvert leurs terrains aux prospecteurs pour qu'ils puissent décrire des haies non visibles du domaine public !

Le bilan

Le regroupement en mairie était programmé à 17 heures. A quelques minutes près, tout le monde était au rendez-vous. Matériel, cartes et fiches étaient restitués et un premier bilan était effectué. Quasiment tous les groupes avaient eu le temps d'inventorier tout ce qui était visible du domaine public. Pour certains, il restait encore du travail à faire, mais de cela nous nous en doutions. Mais le plus gros du travail était bouclé dans la journée : belle performance. Il fallut, en effet, passer au crible les 1100 hectares de la commune et décrire plus de … 500 haies !

5 Tous les participants ont été du " travail " original et instructif à faire, de l'excellente ambiance de la journée et, pour beaucoup, prêts à recommencer ! En compagnie d'Aurélie et de Manuel, c'est ce que j'ai fait d'ailleurs pour finaliser l'inventaire une semaine plus tard et boucher les trous. La saisie informatique des données a été faite (assez rapidement d'ailleurs, et ce fût une bonne surprise) par Aurélie et moi. Maintenant, il ne reste plus qu'à " noter " les haies, les classer par intérêt écologique, paysager, antiérosif …, reporter le tout sur les cartes et analyser les résultats tout en faisant des propositions. C'est à Aurélie et à moi de faire, avec l'aide de Cédric pour la mise en forme cartographique.

Le document final doit être remis à la municipalité avant d'organiser une réunion publique de restitution en mairie de Saint Aubin-de-Bonneval à la prochaine rentrée. Ce fût une expérience tout à fait passionnante, formatrice et intéressante à mener en espérant que cette action permettra de sauver bon nombre de haies et de préserver un patrimoine naturel riche et varié. Nous espérons sincèrement qu'elle donnera plein d'idées à d'autres communes ou collectivités afin que notre environnement soit pris en compte et que l'on passe des belles paroles à des actes réels et tangibles.


Serge LESUR