Environnement

Création d'une digue sur le bassin de l'Huisne à Margon

Dans le cadre de l'enquête en cours relative à la création d'une digue en travers du bassin de l'Huisne à Margon, nous avons l'honneur au nom de l'Association Faune et Flore de l'Orne, et plus particulièrement de sa section Perche, de vous demander d'émettre un avis négatif envers ce projet ou, tout au moins, de reporter ce dernier à une date postérieure à la réalisation du Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin de l'Huisne. Et ceci pour les raisons suivantes.

La Commission Locale de l'Eau (C.L.E) de l'Huisne, dont la création a été demandée depuis 1997-1998 par les associations d'étude et de protection de la nature de l'Orne et de la Sarthe, a été mise en place en septembre 1999. Par un courrier du 23 décembre 1999 de l'Association Faune et Flore de l'Orne (AFFO) au président de la C.L.E, nous nous sommes inquiétés de la lenteur de cette commission. Le S.A.G.E qui doit être mis en place aura pour objectif d'harmoniser et de rendre cohérentes les actions de l'homme sur le bassin de cette rivière. Ce S.A.G.E s'inscrira impérativement dans le cadre du S.D.A.G.E du bassin de la Loire. Il est tout à fait prématuré, voire illégal, de réaliser dès à présent un ouvrage d'une telle importance sur le cours amont de l'Huisne. Ce sont les réflexions globales menées dans le cadre du S.A.G.E qui seules permettront de prendre des décisions cohérentes. Ce seul premier point nous suffirait à demander qu'un avis négatif soit rendu.

Le projet de la digue est ponctuel, il ne s'inscrit pas dans un ensemble d'actions à mener en amont de Nogent-Le-Rotrou pour préserver les zones urbanisées soumises aux inondations. Ainsi, il n'est pas envisagé de mettre en œuvre des actions globales de prévention: préservation des prairies dans les lits majeurs de l'Huisne et de ses affluents, conservation et reconstitution du maillage bocager, recréation de prairies en lieu et place de cultures en labours sur les rives des cours d'eau, protection des tourbières du Perche, recréation de tourbières, création de petits bassins de rétention en aval des zones d'habitat et d'activités industrielles.

L'étude générale menée sur le bassin versant de l'Huisne au regard des risques d'inondation aurait dû être prise en compte, exposée au public et validée par les décideurs. Le projet de Margon n'aurait pas du en être détaché.

L'absence tout à fait étonnante d'un document d'urbanisme sur l'agglomération de Nogent-Margon caractérise l'incohérence du projet tel qu'il est présenté aujourd'hui. Cette agglomération constitue une zone sensible au regard des inondations, le développement durable de celle-ci nécessite une étude d'urbanisme sérieuse et volontariste. Le projet de création d'une carrière dans le lit de l'Huisne et sa transformation en plan d'eau permanent avec remontée automatique de la nappe phréatique est tout à fait contraire à la notion de développement durable et à l'intérêt des habitants de Nogent-Le-Rotrou.

L'étude menée par la Société du Canal de Provence montre que l'efficacité de la digue sera limitée au regard du montant important de l'investissement financier prévu. Cette réalisation ne peut faire l'économie approfondie d'un débat au sein de la C.L.E du S.A.G.E de l'Huisne. L'investissement financier se limite à la digue, à l'exclusion de travaux de génie écologique plus appropriés qui seront formalisés dans le futur S.A.G.E.