Couleuvre à collier

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CLASSE : Reptiles
ORDRE : Squamates
FAMILLE : Colubridés
NOM LATIN : Natrix natrix
DESCRIPTION : Corps épais, queue effilée, écailles dorsales carénées. Tête large et plate, museau arrondi, pupille ronde. Dos uni ou tacheté de noir, gris verdâtre ou brunâtre. Sur la nuque, deux croissants blancs ou jaunes soulignés de noir forment le collier caractéristique. Longueur moyenne : 70 cm.
HABITAT : Endroits humides en général, mais également dans des milieux secs : coteaux pierreux, carrières, friches…
ACTIVITÉ : Diurne, surtout en fin de matinée et dans l'après-midi. Hiberne de novembre à avril dans une cavité naturelle, souvent en groupe.
REPRODUCTION : Une seule ponte en juillet comptant de 8 à 55 œufs. Le développement s'effectue en 3 mois environ. Les jeunes mesurent 17 cm environ à la naissance. La maturité sexuelle est atteinte à 3 ans pour les mâles et à 4 ou 5 ans pour les femelles.
 

Une célébrité bien lourde à porter

Serpents, reptiles, couleuvres, vipères, orvets, venin, morsure, sorcières…litanie trouble et mystérieuse, dans laquelle on pourrait demander de chercher l'intrus. Mettez tous ces ingrédients dans le même chaudron, ajoutez un soupçon de peur, d'ignorance, de dégoût, de superstition, mais aussi de curiosité, de fascination et d'admiration, remuez et vous obtiendrez un brouet prêt pour l'horreur ou la science-fiction, mais certainement pas pour la connaissance de la nature.

Notre couleuvre à collier est un serpent bien inoffensif. Longue, puissante, agile, c'est une bête magnifique et discrète. Sa peau est sèche, puisque pauvre en glandes. Ses écailles permettent de réduire les pertes en eau. Et voilà une croyance qui tombe : non, les serpents ne sont pas gluants. Cette sensation peut provenir de leur corps froid et lisse.

Où trouve-t-on ce bel animal ? De préférence près de l'eau. Tous les milieux humides lui conviennent : canaux, étangs, mares, roselières, petites rivières, prairies humides, fossés de drainage… Excellente nageuse, elle évolue avec aisance, la tête émergeant seule. L'apnée ne lui fait pas peur : elle peut rester en plongée une dizaine de minutes sans problème. Sa nourriture préférée se trouve dans ces milieux. Carnivore, elle dévore grenouilles et têtards, salamandres, crapauds (malgré leur production de venin). Les amphibiens, grâce et à cause - tout dépend du point de vue - de leur peau extrêmement lisse, s'avalent avec facilité : pas besoin de commencer par la tête comme pour les petits mammifères ou les oisillons, proies plus terrestres complétant le régime. La partie attrapée, patte arrière par exemple, sera la première avalée : c'est pratique ! Les poissons sont aussi des mets de choix. Evidemment les pêcheurs, ne voulant pas partager, apprécient peu ce comportement et rangent notre couleuvre dans les rangs des prédateurs indésirables. Pourtant le prélèvement de poissons affaiblis ou malades garantit la santé des autres… Mais une chose est certaine : le lait, contrairement aux croyances répandues, ne fait pas partie de son régime, et la couleuvre ne viendra pas téter les vaches à l'étable ! Par contre, on ne peut pas parler gastronomie avec cet animal glouton : les proies sont avalées " tout rond ", sans être tuées, et peuvent même en cas de danger être régurgitées encore vivantes une heure après leur ingestion…

Et que se passe-t-il si une couleuvre se sent menacée ? Elle fuit ou plonge rapidement si elle en a le loisir. Elle peut mordre aussi. Mais souvent elle déploie des talents d'actrice hors pair. Elle commence par le bluff, s'aplatissant, se gonflant, élargissant le cou, soufflant bruyamment, donnant des coups de tête et de museau mais gueule fermée, ne mordant pas. Si ces manœuvres n'ont rien donné, elle détend tous ces muscles, tombant sur le dos, gueule ouverte et langue pendante, simulant parfaitement la mort. Profitant d'un moment propice, elle se remet sur le ventre et s'enfuit en un éclair. Si elle se sent manipulée, elle émet une sécrétion anale nauséabonde. Mais rappelons-le, si les couleuvres mordent, elles ne sont pas dangereuses et ne possèdent pas de crochets à venin.

Au printemps, poussés par l'instinct de reproduction, les mâles partent à la recherche de leur belle. L'accouplement se réalise par enroulement des deux queues et mise en contact des cloaques. La femelle choisira avec soin un lieu humide mais chaud pour y déposer ses œufs. Une souche pourrie, des végétaux en décomposition conviendront parfaitement. Madame n'a pas un instinct maternel excessivement développé, et d'ailleurs n'en a pas besoin ! Dès que les œufs sont déposés, elle les abandonne. Les nouveau-nés sont autonomes et après avoir mué une première fois, environ dix jours après l'éclosion, ils partent chasser. Bien sûr, les amateurs de pontes, les rapaces diurnes, les hérons, les grèbes, les buses, les poules, parfois les blaireaux et les renards portent volontiers la couleuvre à leur menu.

Octobre arrive, la couleuvre entre en hibernation à quelques dizaines de centimètres dans le sol, dans des galeries ou des abris naturels. La disparition des milieux humides entraînant la raréfaction des habitats de la couleuvre et de ses proies porte préjudice à ces beaux animaux qui, rappelons le encore, sont inoffensifs. Point n'est besoin de les tuer, mais de les admirer !

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(Photographie : Jacques Rivière)