Geai des chênes

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CLASSE : Oiseaux
ORDRE : Passériformes
FAMILLE : Corvidés
NOM LATIN : Garrulus glandarius
DESCRIPTION : Corps massif, grosse tête ronde, ailes courtes et arrondies, queue assez longue et arrondie, dos brun rosé, moustaches noires, front blanchâtre, gorge et bas du ventre blancs, dessous beige rosé, ailes noires avec une tache blanche barrées de bleu strié de noir. Longueur : 32-37 cm, envergure : 53-56 cm.
HABITAT : Bois, forêts, lisières, grands parcs de certaines villes.
ACTIVITÉ : Diurne, grégaire. Présent en France toute l'année. En octobre, des oiseaux originaires d'Europe du Nord et de l'Est arrivent en France pour hiverner, parfois en nombre important.
REPRODUCTION : Nid sur une fourche, contre le tronc d'un arbre, entre 2 et 5 m au-dessus du sol. Les jeunes naissent nus et quittent le nid à 19 - 20 jours.
 

Un reboiseur chatoyant

Naturaliste amateur, vous vous apprêtez à pénétrer en catimini dans le sous bois voisin. Tous vos sens en éveil, vous vous faîtes résolument discret, espérant un affût de rêve. Et patatras, un cri éraillé s'élève, réduisant vos efforts à si peu de choses. Le geai vient d'alerter tout le monde aux alentours : "attention, un intrus arrive" ! Bien sûr, cette alarme n'est pas réservée à l'homme et se déclenche aussi pour le renard ou un rapace…Ce n'est pas le seul cri que cet oiseau possède. Son registre vocal est particulièrement étendu, allant jusqu'à des talents remarquables d'imitateur. Ce passereau appartient d'ailleurs à la très intelligente famille des corvidés dont il partage le Q.I. élevé avec ses cousins corbeaux, corneilles et choucas.

Contrairement à l'impression laissée par ce cri d'alarme retentissant, les mœurs de cet oiseau sont celles d'un grand timide. Il s'aventure très peu en terrain découvert. Son domaine de prédilection est la forêt, où il passe la plupart de son temps caché dans le feuillage. Parfois, il descend à terre, s'y déplaçant en sautillant. On peut l'apercevoir souvent en vol, mais fugitivement. Sa silhouette trapue est alors reconnaissable aisément par la tache blanche, bien visible sur son croupion. Mais admirer à loisir l'élégance de son plumage est bien plus difficile. Ce plumage, vêtement de protection contre les intempéries et outil de précision pour le vol, est l'objet de soins intensifs. Les bains d'eau ou de poussière sont pratiques courantes chez les oiseaux. Mais le geai, comme les freux, grives ou étourneaux, a développé une autre technique : le bain de fourmis ! Il se couche, ailes écartées, sur une fourmilière, pour que les fourmis viennent nettoyer les plumes. L'acide formique agit aussi comme un désinfectant. Le plus extraordinaire, c'est que les oiseaux n'utilisent jamais les fourmis susceptibles de les piquer !

Si le geai aime les sous bois, c'est que son mode de vie le lie à ces milieux. Son régime alimentaire est constitué de graines, de baies et fruits, de noisettes dont il casse les coques en tapant sur une pierre. Il ne dédaigne pas piller les petits pois de nos jardins ni détruire les nichées des petits passereaux : les œufs de fauvettes, de mésanges sont les bien venus. Ces destructions restent toutefois marginales et sans conséquences sur l'avenir des espèces concernées. Mais devinez le met préféré du bien nommé geai des chênes ? Les glands bien sûr. Ils constituent environ 50% de sa nourriture. Ils sont mangés tout au long de l'année, avec une consommation maximale à l'automne, période de stockage. Attention, il sélectionne : pas question d'avaler n'importe quoi. Tapant dessus avec son bec, il ne retient que ceux non parasités par un balanin ou dont l'enveloppe impeccable résistera le mieux aux attaques fongiques. En effet, le geai se constitue un peu partout des réserves de glands. Transportés dans son jabot, il les dissimule dans le terreau ou sous les feuilles. Prévoyant mais étourdi, il en oublie dans ces lieux idéaux pour la germination, et de consommateur il se transforme en pépiniériste. Il consomme également une grande quantité de chenilles défoliatrices. Cette relation geai-chêne remarquable est à avantages réciproques : le chêne nourrit et héberge le geai, tandis que ce dernier assure la régénération du chêne, rendant possible leur installation dans les friches.

Au printemps, on trouve des rassemblements d'une trentaine de geais, s'agitant et poussant des cris. Peu après, ils entreprennent la construction de leur nid. Peu volumineux et plat, perché entre 2 et 5 m dans un arbre, il est constitué de racines et branchettes parfois cimentées d'un peu d'argile. L'intérieur est tapissé de matériaux plus fins. La femelle pond 5 à 6 œufs. Malgré son beau plumage, elle demeure difficile à observer, s'aplatissant de telle sorte que le bleu et le blanc de sa livrée demeurent cachés. Monsieur pendant ce temps vient la nourrir. Puis, après l'éclosion, il poursuit ce travail, mais pour toute la famille cette fois. Les petits sont nourris de tendres chenilles. Il leur faudra 3 semaines pour quitter le nid, et encore deux mois sous garde parentale. Ce geai, beau et ingénieux, est souvent mal aimé. Il n'a pratiquement plus de prédateurs : faucon pèlerin et autour ayant été exterminés, seule reste la martre. Bien sûr, pillages des jardins et destructions de nichées peuvent être considérés comme des inconvénients. Mais chaque bête a sa place dans la nature. Services rendus contrebalancent désavantages (du point de vue humain, bien entendu !) Quelques petits pois en moins, quelques chênes en plus… soyons tolérants.