Orvet fragile

orvet-fragile

CLASSE : Reptiles
ORDRE : Squamates
FAMILLE : Anguidés
NOM LATIN : Anguis fragilis
DESCRIPTION : Lézard totalement dépourvu de membres. Queue ne se distinguant pas du tronc. Peau lisse et brillante, cou non apparent. Dos brun, cuivré ou gris, uni ou avec une ligne noirâtre. Longueur: 30-40 cm, jusqu'à 52 cm pour la femelle.
HABITAT : Terrains ensoleillés et humides couverts de végétation basse. Prairies, jardins, éboulis, talus… s'accommode bien de l'habitat humain.
ACTIVITÉ : Diurne par temps pluvieux, crépusculaire par chaleur. Se déplace lentement. Hiberne d'octobre à mars dans des galeries de rongeurs. Inoffensif, ne cherche jamais à mordre.
REPRODUCTION : Ovovivipare. Accouplement: en mai. Développement des œufs dans le corps de la femelle : 11 à 13 semaines. 6 à 19 jeunes naissent de mi-août à mi-septembre. Ils sortent de leur enveloppe immédiatement après la ponte.
 

Le serpent de verre

L'orvet serait un serpent ?

Allons, encore un qui veut se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Mal lui en prend d'ailleurs, car ce lézard que la nature a dépourvu de pattes se fait massacrer à vouloir imiter les terreurs de nos fantasmes. Pourtant l'imitation est réussie : l'orvet cuivré est fascinant. Il semble joyau liquide, collier d'argent, ondulation brillante et glacée. Ses déplacements s'effectuent par reptation un peu lente. Actif de l'aube au crépuscule, il craint le froid et les grosses chaleurs. On le rencontre surtout par temps pluvieux. Il affectionne les endroits ombragés, mais peut traverser des zones ensoleillées. Sa journée comprend deux moments d'activité privilégiés : le début de matinée et la fin d'après midi, moments de fraîcheur garantie. Au repos, il se cache sous un tas de feuilles mortes, dans une souche, à l'abri d'une écorce, sous de vieux cartons ou dans des détritus, partout où l'humidité est présente. Il a grand besoin d'eau mais se désaltère de rosée ou d'une petite flaque. Grand solitaire, il n'apprécie le collectif que dans l'hibernation. Il se terre dans des galeries de rongeurs ou même parfois creusées par ses propres soins. Ces terriers, pouvant atteindre 70 cm de profondeur, sont refermés par de la terre ou de la mousse. En fait, ce sont des abris pouvant compter jusqu'à 100 individus, où les mélanges avec d'autres espèces de reptiles et d'amphibiens sont tout à fait tolérés.

Du lézard, l'orvet tient la capacité de se casser en cas de péril. Son prédateur, corneille ou hérisson, belette, hermine ou rapace, devra alors se contenter d'un tronçon inerte, pendant que sa proie se coule dans les herbes sauvant ainsi sa vie. Cette autoamputation (ou autotomie) est moins aisée que chez d'autres espèces. La queue sectionnée ne sera remplacée que par un moignon plus court, plus sombre et plus rigide. Ce moignon n'a plus la possibilité de se fracturer.

Ses repas sont constitués de proies se déplaçant paresseusement. Quand il part en chasse, son odorat le guide. A petits coups de langue il détecte les pistes de ses futures victimes. Hum…. la limace délicieuse n'est pas loin ! Au moment de l'attaque, il dresse la partie antérieure de son corps à quelques centimètres du sol, puis mord soudain le manteau dorsal de l'animal avec ses fines dents acérées. Sous la morsure, la limace se contracte, augmentant de volume. Si la proie est trop grosse, il la retourne progressivement afin de l'avaler par la tête. L'orvet prend son temps : l'ingestion est lente et saccadée. La limace ayant bavé sous les morsures, l'orvet se frotte énergiquement le museau après l'avoir ingurgitée afin de se débarrasser du mucus engluant ses mâchoires. Avaler un lombric nécessite une autre technique. Le ver mordu s'enroule autour du prédateur. L'orvet cherche alors une extrémité et avale l'animal par un mouvement alternatif des mâchoires. Parfois, un autre orvet survient attaquant le ver par l'autre bout. Arrivés museau à museau, le plus gros orvet ne mange pas l'autre. Le ver est sectionné et chacun repart de son côté. Chenilles, cloportes, araignées, escargots, jeunes lézards font aussi partie des menus.

Les amours ont lieu en mai-juin. Trois ou quatre ans sont nécessaires pour atteindre la maturité sexuelle. L'hibernation est indispensable au cycle reproducteur. Si deux mâles à la recherche d'une partenaire se rencontrent, ils peuvent se combattre violemment, chacun essayant d'attraper son adversaire à la tête pour lui asséner de graves blessures. Ce comportement est violent et peu discret. Mais si le mâle rencontre une femelle, alors il la saisit à la nuque, délicatement cette fois, les cloaques entrant en contact. L'accouplement peut durer vingt heures (de félicité ?). Puis les individus se séparent, les têtes se quittant en dernier. Le développement embryonnaire s'effectue dans le corps de la femelle. La ponte se produit vers la fin de l'été. L'expulsion des œufs est rapide : une vingtaine de secondes. Entre deux œufs, il peut s'écouler vingt à trente minutes. Pour faciliter la ponte, la femelle s'arc-boute sur le sol, libérant latéralement le cloaque. Ces œufs sont formés d'une membrane souple à travers laquelle le jeune orvet or et noir est parfaitement visible. Il s'en échappe rapidement. Une longue vie peut s'ouvrir devant lui, plus de trente ans d'existence n'étant pas rare...à condition d'échapper à tous les prédateurs potentiels, dont l'homme. Or l'orvet massacré bien inutilement, nuisible qu'aux limaces, est bien moins dangereux que tous les pesticides par nos soins répandus !

Martine Lesur, © AFFO