Pique prune

pique-prune

CLASSE : Insectes
ORDRE : Coléoptères
FAMILLE : Scarabaeidae
NOM LATIN : Osmoderma eremita
DESCRIPTION : Insecte brun bronzé, de 20 à 25 mm, à l’odeur de prune mûre. Tête présentant des ponctuations rugueuses Sur le thorax, on trouve de grosses ponctuations denses
HABITAT : Cavités des vieux arbres à feuilles caduques des haies, des vergers, des forêts.
ACTIVITÉ : Crépusculaire, parfois diurne
 

La terreur des bétonneurs

On pourrait s’attendre à une bestiole royale, aux couleurs chatoyantes comme portent parfois les insectes, une bête gracieuse ou alors remarquable par sa laideur, magnifique ou terrible, voletant comme une libellule, en tout cas un être spectaculaire. Eh bien non, tout cela tient du fantasme ! Le pique- prune est d’une banalité désarmante, et vous le rencontreriez sans le remarquer. Mais justement, tout est là : vous n’avez que très peu de chances de le rencontrer !

Tout d’abord, cet individu anti-autoroute malgré lui, est un insecte : son corps est en trois parties toutes noires, et il possède 6 pattes. (L’araignée, qui n’est pas un insecte, possède un corps en deux parties et huit pattes)

Adulte, enfoui dans du terreau, il ne vit que un mois ou deux seulement (un tout petit peu plus pour la femelle). On peut l’apercevoir en été, sur le tronc des arbres au crépuscule, parfois même en plein jour lors de fortes chaleurs. Il se déplace lentement et se nourrit de matières végétales liquides et sucrées. Sa principale préoccupation alors, est la reproduction (comme chez beaucoup d’espèces). Mais ne demandez pas comment cela se passe, l’accouplement n’ayant jamais été observé !

Parfois, coléoptère possédant des ailes, il peut se déplacer d’un arbre à l’autre. Mais ce voyage nécessite un esprit aventureux très développé car seul 20 à 50% des individus quittent leur lieu de naissance. Les œufs, pondus dans la cavité d’un vieil arbre, donnent naissance à une larve. Elle se nourrit du bois des parois du châtaignier, du chêne, du hêtre, du frêne… ou même de l’if de naissance. Cette période larvaire est la plus longue de la vie de l’insecte : elle peut durer deux à trois ans suivant la température et la nourriture du berceau.

Puis, comme pour de nombreux insectes, le moment de préparer la métamorphose arrive. La larve, arrivé au terme de son développement, va construire une coque vers septembre ou octobre. Elle utilise pour cela le contenu de son intestin et du terreau trouvé dans la cavité. Cette coque solide doit assurer une protection contre les prédateurs et les parasites pendant la phase d'immobilité hivernale. A l’intérieur de ce nouvel abri, la larve devient nymphe et subit de grandes transformations. L’adulte, tout noir et luisant en émerge vers fin juin. Même si cette métamorphose est toujours un phénomène naturel merveilleux, il n’y a pas de quoi s’émerveiller plus devant cette petite bête que devant tout autre scarabée. Mais alors, pourquoi la protéger ?

Tout d’abord, il faut parler de son utilité dans la nature. Le pique-prune va donc se nourrir de bois mort pendant 2 ou 3 ans, bois qui auparavant doit avoir été attaqué par un champignon spécifique. Il fait partie des espèces dites « saproxyliques », qui représentent une grande partie de l’écosystème forestier, chacune ayant une fonction particulière. Elles permettent le recyclage naturel du bois sous forme de terreau qui enrichit le sol en maintenant ses propriétés chimiques et physiques. La conservation de cette action est capitale pour le développement durable d’une forêt.

Ensuite, parlons de sa rareté. La disparition des vieux arbres à cavités en est la raison principale. La gestion forestière a réduit son habitat, les arbres étant abattus dès qu’ils sont jugés intéressants pour le commerce. Alors les bestioles ont émigré vers des lieux plus propices, comme les haies et les prairies du bocage. Mais les vieux arbres y sont aussi de plus en plus disséminés et l’insecte ne peut pas voler plus de 200 à 500m. La raréfaction de ces troncs vénérables entraîne celle du pique prune. Sa capacité de dispersion, plutôt faible, a d’ailleurs été étudiée : l’insecte est marqué par la pose d’un émetteur radio et par des micro perforations dans les élytres. La Sarthe bienheureuse possède encore des vergers de châtaigniers pouvant abriter notre bestiole. Le fait de l’avoir trouver est le signe d’un milieu rural de qualité. Elle n’est pas seule : on la retrouve, au Nord de la France, dans les forêts de Fontainebleau, de Compiègne…, et dans les châtaigneraies de l’Ouest, celles-ci étant son meilleur habitat. Le remembrement accompagnant l’autoroute sera plus néfaste pour l’espèce que la construction par elle même.

Alors malgré tout cela, on voudrait le détruire pour le seul plaisir de rouler à 130km/h sans souci ? Heureusement, Pique-prune est protégé. Mais peut-être pourrait-il se poser des questions sur son avenir : à force de le trouver sur tout chantier non désiré, ne va-t-il pas perdre sa réputation de rareté ?