Salamandre tachetée

salamandre

CLASSE : Amphibiens
ORDRE : Urodèles
FAMILLE : Salamandridés
NOM LATIN : Salamandra salamandra
DESCRIPTION : Corps noir et luisant marqué de taches jaunes s'étendant de la tête à la queue. Grande variabilité de ces taches suivant les régions et les individus. Ventre uni noir gris ou brun. Longueur: environ 20 cm.
HABITAT : Forêt de feuillus surtout mais aussi de conifères, à proximité de ruisseaux ou sources.
ACTIVITÉ : Crépusculaire et nocturne; aime aussi l'humidité; se déplace lentement. Passe l'hiver (octobre à mars) en hibernation.
REPRODUCTION : Ovovivipare (parfois vivipare en montagne). La femelle dépose 30 à 40 larves dans l'eau. Métamorphose au bout de 4 à 6 mois environ. Maturité sexuelle à 4 ans. Particularité: c'est notre seul amphibien apte à se reproduire en automne et hiver parfois.
 

Une beauté pacifique

Mars arrive, les salamandres vont sortir de leur hibernation passée à l'abri d'une souche ou d'une fissure. Cet animal au physique de lézard étincelant, voûte étoilée ambulante, aime lenteur et discrétion. Sédentaire, de mœurs nocturnes, il passe sa vie tapi entre les racines d'un arbre, dans les fentes d'un rocher, sous une pierre. Il doit garder sa peau humide et dort par exemple sous un tas de feuilles mortes au bord de l'eau. Mais la nuit la salamandre sort de sa cachette. Elle part en chasse, de préférence après une pluie abondante. Carnivore et vorace, elle dévore insectes, lombrics, petites limaces, minuscules escargots…qu'elle localise grâce à un odorat très développé, lui permettant de dénicher son déjeuner même lorsque celui-ci déambule hors de son champ de vision. Solitaire, on peut cependant parfois en rencontrer des rassemblements massifs.

Plutôt lente et maladroite, la salamandre n'a d'autre défense que sa peau. Son épiderme très fin est constitué de plusieurs couches. La plus superficielle tombe en commençant à se détacher près de la bouche pour glisser ensuite le long du corps. Le rythme de cette mue est variable, les jeunes et les individus en pleine forme muant plus souvent que les vieux malades. De nombreuses glandes lui permettent de maintenir l'humidité corporelle qui lui est nécessaire. Mais sa peau est aussi truffée de glandes pouvant dégager par les pores un venin laiteux et irritant, qu'elle rejette en cas de danger. Agressée, sa seule tactique est alors de se laisser toucher et même goûter par son ennemi. La brûlure provoquée par cette substance refroidit la gloutonnerie de l'attaquant, qui, échaudé, hésitera avant de s'attaquer de nouveau à une bestiole possédant ce physique inoubliable.

Mais au printemps et en été, les salamandres comme tout ce qui vit (végétal ou animal) doivent répondre à ce besoin d'amour et de reproduction. Un mâle peut alors poursuivre toute salamandre qui bouge près de lui, sans distinction de sexe. Son odorat et sa vue lui permettront de reconnaître l'élue. Commencent alors des amours terrestres particulières. Chevauchant quelques instants la femelle, il rampe sous sa partenaire, la portant alors à califourchon. Les caresses ne sont pas absentes : il frotte son nez contre le coup de sa belle et la base de sa queue contre le cloaque. Dès que l'aimée répond par des mouvements correspondants, il dépose un spermatophore au sol. Madame met alors immédiatement son cloaque dessus, absorbant aussitôt l'amas de sperme. Puis ils se séparent. Bien qu'ayant besoin d'humidité, la salamandre est un animal terrestre pendant toute sa vie adulte. Possédant des poumons, elle peut aller dans l'eau…qu'à condition d'avoir pied ! Seule la femelle s'approche d'une flaque, d'une source, d'une eau bien fraîche et oxygénée pour y déposer, après plusieurs mois de gestation, non pas des œufs mais des larves munies de branchies et ressemblant à de petits tritons. Doucement pattes et poumons vont se développer, et les petits parfaitement formés vont sortir de l'eau pour entamer leur vie terrestre. Les taches jaunes, une fois formées, ne varient plus et constituent une véritable carte d'identité personnelle de l'animal.

Rarement un être aussi pacifique et paisible n'a déchaîné autant de haine aveugle et de superstition. Ses mœurs nocturnes, sa beauté ténébreuse rehaussée de jaune soufré, l'ont associé à l'enfer et ses flammes dans l'esprit pas toujours des hommes. La salamandre sans contestation possible, était la créature la plus venimeuse de la création. Elle pouvait tuer plusieurs hommes à la fois, ou empoisonner les eaux. Elle ne craignait pas le feu. En cas de morsure il fallait la jeter dans les flammes pour qu'elle lâche prise, puis brûler ensuite la plaie. Mais justement, comme il n'y a pas de fumée sans…feu, on peut penser que se cachant volontiers dans les bûches, on la retrouvait parfois sortant d'un foyer allumé. Capable de se réfugier dans des galeries profondes, elle peut ainsi résister à un incendie de forêt, et ensuite errer sur les cendres à la recherche d'un habitat épargné. Cette bestiole inoffensive favorise décidément imaginations superstitieuses et délires bien malgré elle. Que n'a-t-on pas prétendu ! Le seul fait de marché sur elle provoquerait la chute des cheveux et des poils de barbe ! Symbole pour les alchimistes, elle a eu pourtant son heure de gloire : le plafond d'une des salles du château de Chambord est sculpté de 330 salamandres, et le blason de François 1er la présente dressée avec pour devise : " j'y vis et je l'éteins ".

Si cet obscurantisme est passé de mode, l'homme reste toujours son principal ennemi. La pollution, la destruction des milieux humides entraînent une régression de l'espèce comme celle de nombreux autres amphibiens.