Coccinelle à sept points

coccinelle

CLASSE : Insectes
ORDRE : Coléoptères
FAMILLE : Coccinellidae
NOM LATIN : Coccinella 7-punctata
NOM VERNACULAIRE : Coccinelle à 7 points
DESCRIPTION : Corps arrondi, bombé, protégé par une cuticule rigide. Pattes courtes, antennes courtes et minces. Élytres rigides recouvrant les
ailes postérieures membraneuses et l’abdomen au repos. Tête rétractée en partie dans le pronotum. Couleur rouge , 7 points noirs.
ACTIVITÉ : Diurne
 

Coccinelle, il faut apprécier ta chance : être insecte et aimé des hommes, cela relève de l’exploit ! Bien sûr, tu es jolie. Ta robe pourpre t’a même donné ton nom puisque le latin coccinus signifie écarlate. Mais d’autres que toi se parent aussi de couleurs chatoyantes, tu n’es pas le seul bijou de ta classe. Alors d’où vient cette sympathie de la part de l’espèce humaine ? Rondelette, toute lisse, ne mordant ni ne piquant, les hommes vont même jusqu’à te considérer comme prophète en te faisant courir sur leurs mains. Si tu t’envoles, il fera beau demain, ou bien le voeu alors prononcé sera exaucé ! Oui oui, pas moins que cela ! Si tu te poses sur eux, leur bonheur est assuré : « Bêtes à Bon Dieu, de fleur en fleur, éloignent le temps des pleurs » assure l’un de leurs dictons. D’ailleurs, pas question de te toucher : en Bretagne, le laboureur qui te tue perdra un de ses meilleurs chevaux tandis qu’en Charente, c’est le berger assassin qui perdra son meilleur mouton. Le châtiment le plus radical se pratique en Ille et Vilaine puisque là, le meurtrier s’expose à mourir dès le lendemain. Ce proverbe norvégien « L’ombre de l’éléphant n’est pas plus lourde que l’ombre de la coccinelle » est, lui, rempli de sagesse mais on peut goûter également ces vers de Victor Hugo : « Les bêtes sont au bon dieu ; Mais la bêtise est à l’homme »

Mais d’où vient ce nom de « Bête à bon Dieu » ? Une jolie légende, rapportée dans l’almanach du Familistère de 1927, tente de l’expliquer. Au Moyen Âge, un homme injustement accusé fut condamné à être décapité. Au moment funeste, il aperçut une coccinelle posée sur le billot. Craignant de l’écraser en y posant sa tête, il la saisit délicatement pour l’éloigner. Les juges présents décidèrent à l’unanimité qu’un homme faisant preuve d’une telle délicatesse en un pareil moment ne pouvait être un criminel ; ils le gracièrent sur le champ. Les spectateurs convaincus que Dieu lui-même avait envoyé la bestiole pour sauver l’innocent, la nommèrent « bête à bon Dieu ».

Que d’éloges envers cet insecte qui pourtant est un ogre redoutable. La coccinelle fait partie de l’ordre immense des coléoptères. Les insectes de cet ordre sont caractérisés par leurs élytres (du grec eulutron = étui). Ces élytres sont les ailes antérieures qui, chez les coléoptères, sont épaisses et cornées. Elles se joignent sans se superposer sur la ligne médiane du corps. Chez la coccinelle, elles sont colorées de noir, rouge, orangé ou encore ocre jaune suivant les espèces. Elles sont parsemées de points (noirs, blancs ou rouges, tout dépend du fond), qui ne donnent pas l’âge de la bestiole ! Certaines pouvant avoir 24 points auraient alors 24 ans… Or toute bête à bon Dieu qu’elle soit, la coccinelle ne dépasse guère un an de vie. Par contre, coloration et ponctuation sont essentielles dans la détermination de l’espèce de coccinelle. Sous ces élytres se cachent les ailes fines et longues, d’un noir transparent. La coccinelle ne peut les replier que plissées en longueur et pliées en travers. Il lui faut quelques secondes pour les déployer. Le pronotum (partie avant du thorax) est bien développé et orné de dessins propres à chaque espèce. Son corps globuleux est soutenu par 6 pattes menues mais particulièrement efficaces. La bestiole trottine avec une rapidité remarquable, s’arrête « pile », démarre « au quart de tour » et change de direction avec une facilité déconcertante. Pas étonnant que des constructeurs automobiles eurent envie d’appeler un de leur modèle « coccinelle » !

Celle que l’on rencontre le plus souvent est la « rouge à 7 points » (Coccinella septempunctata). Mais il existe beaucoup d’autres espèces, de taille, de couleur, de ponctuations différentes.

Mcoccinelle nympheise à part de rares espèces mangeant les végétaux, la plupart se nourrissent de pucerons, de cochenilles et, à l’occasion, de menus insectes. Certaines espèces sont spécialisées et font dans le puceron uniquement, ou dans la cochenille, ou même dans l’acarien. La coccinelle à 7 points peut détruire 150 pucerons par jour. Elle injecte sa salive dans la proie qui se ramollit, puis elle la broie avec ses mandibules ou en aspire le contenu : le puceron se dégonfle alors comme un ballon. Par manque de nourriture, les coccinelles peuvent même manger leurs propres rejetons. Pourtant ce n’est pas simple pour monsieur que de les fabriquer, et il doit se montrer sportif ! Au printemps, lorsque la température dépasse 15°, les coccinelles s’activent : c’est le moment de s’accoupler. Mais madame est bien ronde et bien lisse, de plus elle se moque complètement des efforts de son partenaire pour la chevaucher et continue de vaquer à ses occupations comme si de rien n’était. Enfin bref, quelques jours plus tard elle dépose sur une feuille couverte de pucerons qu’elle a soigneusement sélectionnée, un chapelet composé de 50 à 400 oeufs jaunes et de petite taille. Après 3 ou 5 jours d’incubation, les larves gris-bleu, fuselées, sortent des oeufs. Elles trouvent leur garde-manger à proximité et là, on peut parler de génocide ! Elles peuvent dévorer jusqu’à 9 000 pucerons pendant les trois semaines de leur développement. Le jardinier peut les considérer comme un auxiliaire précieux… et le puceron comme une catastrophe naturelle. Avec ce régime gargantuesque, la larve grossit très vite. Sa « peau» devient trop étroite et il lui faut changer de costume. Elle subit ainsi 4 métamorphoses. Ensuite vient la phase magique de la nymphose. La larve accroche sa queue avec quelques fils de soie au verso de la feuille et reste ainsi recroquevillée et immobile pendant 8 jours. Une transformation radicale s’opère en secret. L’insecte adulte (ou imago) émerge de la chrysalide avec sa forme finale, mais sans ses couleurs définitives. Ses élytres sont jaunes et souples, les points et la couleur n’arriveront qu’un peu plus tard, 48 heures environ sont nécessaires. Si tout va bien, si Dieu veille sur sa bête, celle-ci vivra un an environ. Elle va donc devoir hiverner et entrer en diapause. On assiste alors à des regroupements plus ou moins importants. On peut les retrouver sous les mousses, les pierres, les écorces, les vieux bâtiments, un coin de véranda etc. Température, baisse de la nourriture et lumière déclinante donnent le signal de ces regroupements.

Ses principaux prédateurs se trouvent chez les petits rongeurs, les araignées thomises, la mante religieuse, certains oiseaux, mais pas tous ! Quand elle se sent agressée, elle se met à « saigner ». Elle émet un liquide (l’hémolymphe) très acre au niveau des articulations des pattes, assez pestilentiel pour décourager l’éventuel dévoreur. Elle peut aussi se laisser tomber et faire le mort. Leur principal ennemi reste les fourmis, puisqu’il y a conflit d’intérêt ! Ces dernières élèvent les pucerons et récoltent leur miellat. Les fourmis, protégeant les pucerons, déclarent une guerre sans merci aux coccinelles et détruisent oeufs et larves dès qu’elles en aperçoivent. Certains étés, les coccinelles peuvent être très abondantes, tout dépend des conditions : nourriture, température etc. Mais les rassemblements les plus spectaculaires relèvent de phénomènes migratoires dont on ignore encore les raisons exactes. Pendant ces migrations, elles utilisent les courants aériens ascendants. Ces rassemblements ponctuels pourraient faire croire qu’elles sont en surnombre, alors que globalement, leur population semble en régression.

La coccinelle asiatique (Harmonia axyridis)

Qu’est-ce qui la distingue de nos coccinelles indigènes ? D’abord son origine : Japon, Chine, Corée etc. Puis sa taille : elle est plus grande que celle de nos espèces locales. Mais à part cela, il faut bien constater que l’espèce prend des couleurs et des ponctuations diverses. Son pronotum porte des dessins plus ou moins caractéristiques, en forme de M ou de « pattes de chat ». Sa vie ressemble à celle des autres coccinelles, mais elle est un prédateur sans pitié des pucerons et des petits insectes s’attaquant aux plantes. Sa voracité sans pareille attira l’attention des chercheurs. C’est pour cela qu’elle fut introduite volontairement dans nos pays. Elle est devenue vecteur de lutte biologique, évitant l’épandage d’insecticides nocifs à la santé humaine et à la biodiversité. Elle se transforme ainsi en véritable auxiliaire du jardinier. Ces coccinelles sont en vente dans certaines jardineries ou bien on peut se les procurer par correspondance, au stade larvaire. C’est à ce stade qu’elles sont le plus voraces et de plus, elles sont alors incapables de s’envoler. La coccinelle asiatique fut employée pour la première fois à la destruction de cochenilles ravageant les cultures d’orangers en Californie, vers 1870. Mais cette espèce s’est très bien adaptée à nos contrées. Son taux de fécondité très élevé et sa voracité la transforment en prédateur inquiétant pour d’autres espèces que les espèces visées. Elle n’a aucun ennemi naturel connu chez nous. Elle pourrait donc menacer les espèces autochtones de coccinelles avec lesquelles elle entre en compétition pour la nourriture, et provoquer la diminution ou la disparition d’autres insectes, fragilisant la biodiversité locale. Bien sûr, lorsqu’une espèce introduite est bien installée, il est très difficile de l’éliminer.

coccinelle asiatique

 

 

(Photographies : Cédric Delcloy, Alain Lemarquer)