Cétoine dorée

cetoine

CLASSE : Insectes
ORDRE : Coléoptères
FAMILLE : Cétoonidés
NOM LATIN : Cetonia aurata
NOM VERNACULAIRE : Cétoine dorée
DESCRIPTION : 2 cm. Antennes coudées en massue. Ailes antérieures (élytres) rigides recouvrant les ailes postérieures membraneuses. Corps
orné de couleurs métalliques (vertes, bleues) avec des taches blanches
ACTIVITÉ : Active de mai à septembre. Aime les endroits ensoleillés. Ronge toutes sortes de fleurs, dont les roses.
 

Et si nous commencions par une histoire ? Attention, je n’ai pas dit une histoire… rose (bien que cela plairait à notre bestiole qui adore cette fleur), mais une histoire vraie, je peux vous l’assurer. Par une chaude matinée de juin, j’étais en classe avec une dizaine d’élèves de 16 à 19 ans. Le lycée étant en travaux, nous étions confinés dans un « mobile » immobile mais déjà surchauffé. Portes et fenêtres étaient grandes ouvertes pour profiter du moindre petit courant d’air. Tout à coup, un bombardier bruyant se permet de faire irruption dans le four béant. Aussitôt un mouvement de panique s’empare de ces grands adolescents : « Au secours, il s’approche, c’est horrible, il fonce sur moi, oh là là , il va me piquer… » Des cris, des bousculades, des chaises renversées, des mouvements désordonnés accueillent la jolie bestiole qui ne sait plus où voleter. Heureusement, l’affolement rend les gestes malveillants peu efficaces, et j’arrive à saisir l’animal avant qu’il ne lui arrive malheur. Je regarde qui chatouille la paume de ma main : une merveille irisée, une cétoine dorée. J’ai voulu partager cette beauté avec les élèves : « Venez voir, vous voyez bien qu’il ne me fait rien ! ». Seuls deux ou trois intrépides se sont vaguement approchés, peu rassurés, la peur que ce monstre ne saute sur eux les tenaillant. J’ai relâché l’intrus vite fait et ai terminé le cours par une discussion sur les formes de vie qui nous entourent. Il est bien loin le temps où les insectes, pas mieux aimés d’ailleurs, faisaient partie de la vie quotidienne et où les enfants s’amusaient à faire voler les hannetons un fil attaché à leurs pattes. Cette époque était – elle meilleure pour ces animaux ? Le jeu était cruel, mais l’insecte était là, bien présent, et en nombre suffisant pour pouvoir être martyrisé… Dans notre monde qui se stérilise, c’est le portable qui est l’espèce invasive. Tout ce qui est de la Nature devient par retournement des choses, artificiel et étranger à bannir. Le travail à accomplir est énorme pour ne pas avoir de l’environnement une image stéréotypée de carte postale : oui, dans la nature, il y a d’autres formes de vie indispensables à son fonctionnement et pas toujours aimables.

Pourtant, que cette cétoine était belle…

Insecte, c’est à dire 6 pattes et le corps en trois parties, la cétoine appartient à l’ordre (impressionnant) des coléoptères. Elle possède donc des élytres (ailes supérieures rigides) dures, formant carapace et qui se rejoignent sur la ligne médiane du corps sans se superposer. Sa famille, les Cétoniidés, fait partie de la superfamille des Scarabeidés, comportant d’illustres membres dont le scarabée sacré.

Pouvant atteindre la taille respectable de 2 cm, la cétoine dorée est un insecte imposant, au vol lourd, puissant, bruyant. Ses élytres sont pourtant soudées et donc ne s’ouvrent pas. Un décrochement sous leurs bordures latérales permet le déploiement de leurs ailes membraneuses. C’est ainsi que l’on peut rencontrer ce joyau émeraude voletant dans nos jardins de mai à septembre, profitant du soleil qu’il adore. Hum, que ce doit être bon de fourrager sous ses rayons bienfaisants dans le coeur des roses, de se régaler de leurs étamines, de mâchouiller leurs pétales… au grand dam des jardiniers et rosiéristes qui considèrent trop souvent cet animal comme nuisible. Ce n’est pas sans raison qu’on le nomme aussi « hanneton des roses ». Les cétoines font partie des espèces floricoles qui se nourrissent du pollen et des pétales des fleurs. Les cétoines fréquentent aussi les grappes de lilas, de troènes, les inflorescences des ombellifères, les capitules des chardons, les fleurs de sureau, d’aubépine et bien sûr, d’églantier. Elles ne dédaignent pas non plus les fruits bien mûrs. Le dimorphisme sexuel est très discret. Monsieur se distingue de madame uniquement par la présence d’un sillon longitudinal placé au milieu de la face ventrale de l’abdomen. Le ventre de la femelle est lui parfaitement lisse et convexe. Les accouplements souvent répétitifs sont suivis des pontes en mai-juin. La femelle s’introduit dans des bois bien décomposés (vielles souches, vieux arbres creux…) ou à défaut dans des terreaux, sous des feuilles mortes. Le tas de compost du fond du jardin lui convient très bien. Elle y dépose des petits oeufs tout ronds , véritables petites billes blanchâtres. Les larves naissent sans attendre, l’incubation étant très courte. Dès leur naissance, elles sont déjà munies d’une paire de mandibules très acérées, adaptée à leur futur mode d’alimentation. Dans leur tas de compost ou dans leur souche, elles vont s’alimenter de bois, de végétaux morts, de débris de feuilles. Pour cela, elles vont être qualifiées de « saproxylophage », oui, un grand adjectif pour une petite bestiole. (du grec « sapro » : pourri, gâté, « xylo » : bois et « phage » : qui mange). Les larves participent activement à la formation du terreau en produisant des petites crottes cylindriques très nombreuses. Ces crottes constituent un indice de choix pour les Sherlock Holmes amateurs de cétoines. Leurs tailles, leurs couleurs, leurs formes trahissent leur présence aux yeux du spécialiste.

Les larves ressemblent à ce que l’on appelle abusivement les gros vers blancs, comme celles des hannetons, et la méprise avec ces dernières est fréquente. Une petite différence permet toutefois de les distinguer : petite tête, gros derrière, c’est la cétoine ; grosse tête, petit derrière, c’est le hanneton. En remuant le compost, lorsque nous trouvons ces gros vers blancs, rappelons nous qu’ils ne détruisent pas les cultures et qu’au contraire, se nourrissant de débris végétaux, ils participent activement à l’élaboration du compost désiré.

Trois ans seront nécessaires à ces larves pour arriver à maturité. Elles devront muer trois fois. Par trois fois, elles devront se débarrasser de leur peau devenue trop étroite pour leur tour de taille qui ne cesse d’enfler. Au cours de ces phénomènes, elles conservent leur forme de ver blanc, très différente de leur apparence adulte, jusqu’au jour mystérieux de la nymphose. Quel signal déclenche cette transformation radicale qui selon les espèces d’insectes peut prendre de quelques jours à plusieurs mois ? La larve ressent le besoin de se construire une coque protectrice avec la matière organique qui l’entoure : terreau, bois, crottes. Elle s’y enferme et se transforme radicalement, remaniant entièrement son corps. L’être qui en émerge le printemps suivant n’a plus rien à voir avec le boudin blanc qui s’y est enfermé. C’est l’insecte tel que nous le connaissons, avec un corps en trois parties, muni d’ailes, de pattes, d’antennes, et surtout, apte à la reproduction. Il ne possède pas encore ses teintes mordorées. L’acquisition de la coloration est progressive et demande 48 à 72 heures. Parallèlement, la « carapace » des élytres se durcit, mais ce durcissement est plus long et demande une semaine environ. Ce qui émerge après une longue vie souterraine est un véritable joyau, qui non seulement a changé de forme mais aussi de mode de vie.

Les cétoines dorées ne sont pas les seules dans le genre « cétoine ». En France, il existe d’autres espèces, dont beaucoup sont colorées. Les cétoines exotiques comptent dans leur rang les plus gros coléoptères connus. Une espèce africaine, Goliathus giganteus, dépasse les 10 cm ! Très prisées pour leurs couleurs (et pour leur malheur !) par les collectionneurs, les cétoines font l’objet d’échange, de commerce vigoureux et lucratif. Heureusement, dans certains pays, elles sont protégées.


 

Cétoines dorées et fourmis

D’après une étude effectuée en Wallonie

Les fourmilières peuvent offrir des habitats de substitutions aux cétoines. Ce phénomène a fait l’objet d’une étude dont les résultats ont été publiés dans « les cahiers des réserves naturelles RNOB , 1997 ». Il concerne les fourmis rousses, Formica rufa et Formica polytecna, dont l’habitat est inféodé aux pessières (forêts d’épicéas). Toute fourmilière n’est pas élue, il faut qu’elle soit située de préférence en lisière d’une jeune et dense pessière, là où la végétation herbacée est encore importante. Les nids coniques, correspondant à de jeunes fourmilières, sont plus souvent colonisés que les nids âgés, aux formes irrègulières. Les cétoines y déposent leurs oeufs ou les choisissent comme lieux d’hibernation. Lorsqu’elles émergent de la fourmilière, les fourmis réagissent de manière hostile, projetant de l’acide formique sur l’intrus, s’aggripant à son corps avec leurs mandibules. Visiblement, la cétoine n’est pas la bienvenue. Voici la conclusion de cette étude, que vous pouvez retrouver sur le site :

http://biodiversite.wallonie.be/especes/ecologie/insectes/cetonia.aurata.html

« Cette étude préliminaire ouvre une voie intéressante de réflexion sur la problématique de la conservation d'une espèce saprophage dont une partie du cycle de vie dépend de la présence de bois mort. Si l'extension d'une sylviculture à haut rendement comme la plantation d'épicéas a provoqué une forte diminution de son habitat potentiel, les résultats obtenus indiquent que la cétoine a pu se maintenir grâce à la présence de fourmilières puisque l'extension géographique de celles-ci a suivi celle de l'épicéa. Il s'agit donc d'un rare cas de modulation adaptative de la niche chez une espèce de Coléoptère (…).

 

 

(Photographie : Cédric Delcloy)