Châtaignier

chataignier

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Fagales
FAMILLE : Fagacées
NOM LATIN : Castanea sativa
SIGNES PARTICULIERS :
Tronc droit, grosses branches étalées. Ecorce brune, épaisse, fissurée. Feuilles alternes, lancéolées et dentées de 10 à 20 cm. Fleurs mâles en longs chatons dressés, fleurs femelles groupées par 1-3 au bout des branches. Fruit: châtaignes enfermées par 2 ou 3 dans une bogue épineuse.
FLORAISON :
Juin/Juillet
 

Fidèle et bienveillant

Ce nom latin, ce "castanea" chantant, nous arrive de Thessalie, proche de la Mer Noire. Le châtaignier y poussait abondamment depuis la plus haute Antiquité, dans les régions ensoleillées entourant la ville de Kastania. D'origine méridionale (du Portugal au Caucase en passant par l'Afrique du Nord), cet arbre s'est répandu dans les régions tempérées de l'hémisphère Nord. En France, il semble spontané en Corse, dans les Maures et les Cévennes. Ailleurs, il aurait été introduit lors des invasions romaines. Pourtant on a trouvé des traces fossiles vieilles de 5 à 8 millions d'années en Ardèche, Auvergne et Languedoc, ainsi que du bois calciné mélangé à du silex vieux de 10 000 ans en Périgord et des grains de pollen mêlés à des sédiments en pays celtique.

Qui dit châtaignier pense châtaigne. Ce fruit fût une ressource précieuse à travers les siècles. Combien de population a-t-il protégé des famines ? Charlemagne, grand amateur paraît-il, envoya un proche parent dans les monastères italiens étudier les meilleures méthodes de culture de cet arbre. Au début du XIX ème siècle, les habitants du Limousin déclaraient : "ce sont nos arbres à pain". En Vendée, aux Essarts, une foire aux châtaignes se tenait sous un vieux châtaignier. Les marchands partis, les joueurs de cartes s'installaient sous sa ramure, instaurant une convivialité que l'on retrouve avec le tilleul par exemple. Fruit indissociable de la fête, chaque fin d'année retrouve les ventres de canards ou d'oies farcis de châtaignes. Les trottoirs des grandes villes fleurent bon alors les marrons grillés. Pourtant la châtaigne joue aussi un rôle funéraire, un rôle d'intermédiaire entre vivants et morts. Repas traditionnel de la Toussaint, toute châtaigne écorcée pour être mangée correspondait à une âme délivrée du Purgatoire. On laissait dans la maison un brouet de châtaignes bouillies pour nourrir l'âme de ceux qui avaient vécu dans la région (France du Sud, Espagne, Italie). De nombreuses superstitions se rattachent à ce fruit. Un exemple ? Pour retenir un conjoint il faut remplir sa vie de châtaignes : lui en servir en repas, en glisser dans ses vêtements et son lit, camoufler un peu partout dans sa maison des figurines réalisées dans les bogues.

Le châtaignier fut abondamment cultivé en Ardèche et dans le Var pour la récolte des fruits. Des variétés améliorées ne donnant qu'une grosse châtaigne par bogue procurent les "marrons" utilisés en confiserie. Ceux-ci n'ont donc rien à voir avec le fruit non comestible du marronnier.

Rejetant très bien de souche, cet arbre est traité aussi en taillis simple ou sous futaie et son usage est loin de n'être que nourricier. Son bois fut utilisé en tonnellerie et en charpente. Une technique originale de toiture (très solide) fut mise au point à partir de sorte de tuiles de châtaignier. Des rigoles et des gouttières pour transporter l'eau furent fabriquées par des fontainiers des Cévennes. La "roulure", décollement pathologique des cernes du bois, facilitait l'évidage des troncs. L'aubier étant très mince, des perches coupées tous les 7 ou 8 ans fournirent pieux et échalas très solides. De plus, l'aptitude à la fente de ces perches permit la fabrication de lattes fines (ou clisses) servant à confectionner des casiers à langoustes, des paniers pour ramasser le sel des marais salants ou les bouses de vache séchées. Signalons encore la richesse de son bois en tannin, bois utilisé encore actuellement en papeterie (en quantité moindre que celui des résineux).

Et que dire de sa longévité ? En France, dans le Sud Ouest, reliquat de plantations, des arbres remarquables de plus de 500 ans (et un tour de taille en conséquence) ne sont pas rares. Le plus gros châtaignier connu aurait vécu sur les pentes de l'Etna pendant 3000 ans environ. Jeanne d'Aragon s'y promenant, surprise par un orage, se serait abritée sous sa ramure avec toute sa suite. Depuis cet arbre s'est nommé "l'arbre aux cent chevaux".

La médecine l'utilisa bien sûr. Les feuilles en infusion soignent bronchite et rhumatismes, tandis que les décoctions des fruits et bogues calment les diarrhées.

Pendant plusieurs siècles, cet arbre fut le pain, le toit, le chauffage, le fourrage de nombreux peuples. Actuellement, en France, sur une production de 50 000 tonnes de châtaignes environ, la moitié sert de nourriture pour moutons et cochons. Considérée comme "repas du pauvre", elle est dédaignée par les pays développés et son prix de vente à la production est très bas. De plus, deux maladies cryptogamiques s'attaquent à cet arbre : le chancre de l'écorce et l'encre (champignon parasitant les racines). Ce compagnon des jours difficiles est pourtant encore choyé par qui en possède sur ses terres. Et quel plaisir de voir les haies de l'Ouest échevelées par la floraison du châtaignier, d'aller ramasser ses fruits dans l'odeur de terre mouillée des sous bois et de les déguster autour d'un feu de bois dans la cheminée égayant une triste journée de novembre.

"L'arbre aux cent chevaux" ou la question de l'individualité biologique

Un arbre est-il éternel ? Qu'est-ce qu'un individu ? Vastes questions….

Le châtaignier sicilien permet de les poser. Ce châtaignier apparaît comme un cercle de châtaigniers, rejets assez âgés. Au XIX ème siècle, on mesurait l'ensemble comme un individu unique, et on annonçait sans hésiter 50 m de circonférence. De nos jours, le cercle reste évident, bien que l'individu originel ait disparu. Sur le plan génétique, ces rejets sont absolument identiques à l'arbre souche et bien sûr, les uns aux autres. On peut dire que ce sont tous des clones du vieil arbre, sa propre chair. Alors, celui-ci existe-t-il toujours dans une sorte d'éternité "collective"?

Lien vers dossier sur les arbres remarquables