Euphorbe des bois en famille

euphorbe

CLASSE : Monocotylédones
ORDRE : Malpighiales
FAMILLE : Euphorbiacées
NOM LATIN : Euphorbia amygdaloides
NOMS VERNACULAIRES :
euphorbe des bois, euphorbe à feuilles d’amandier
SIGNES PARTICULIERS :
plante vivace de 30 à 90 cm, velue, à tige ligneuse à la base et aux feuilles rapprochées en rosette au milieu de la tige. Les feuilles sont obovales et entières, velue au moins sur la face inférieure. Les ombelles ont 5 à 10 rayons bifurqués, complétées par 3 à 12 rameaux fertiles. Les bractées florales sont soudées 2 à 2. Les glandes sont jaunes en croissant, à cornes convergentes, les capsules sont sillonnées. Pousse en sous bois.
FLORAISON :
avril, mai, juin, juillet
 
Ces plantes ont beau déployer des silhouettes très différentes, il n’en demeure pas moins que l’on se perd dans leur verdure. Ni mousses ni fougères, ce sont des plantes à fleurs comme les autres… ou presque. Mais leur architecture est déroutante. D’abord, où sont les fleurs ? On les devine bien, en haut des pieds, mais elles sont aussi vertes que le reste. Il faut regarder attentivement à l’intérieur des larges bractées situées sur les parties supérieures des tiges. Les fleurs s’y nichent, bien protégées. On distingue immédiatement le pistil, muni à sa base d’un gros ovaire et entouré d’étamines discrètes. Rien d’extraordinaire pour l’instant, c’est la description classique d’une fleur ! Mais là, précisément, il ne s’agit pas d’une fleur, mais de plusieurs. En effet, cette grosse boule ovarienne est portée par un pédoncule incliné : l’ensemble pédoncule-ovaire-style-stigmates- forme donc une fleur femelle, indépendante des étamines. Celles-ci, elles aussi articulées et portées en quelque sorte par de petits pédoncules forment donc autant de fleurs mâles indépendantes, réduites à leur plus simple expression. Le tout est entouré de glandes nectarifères, très appréciées par les insectes pollinisateurs, et dont la forme constitue un élément important pour la détermination de l’espèce. Donc, ce que l’on prend pour une fleur est en fait une inflorescence originale nommée cyathe. L’inflorescence complète est un groupement de cyathes, dont le nombre et la disposition varient suivant l’espèce. Ces cyathes sont souvent disposés en ombelles à un ou plusieurs étages.

Les fruits sont des capsules complexes elles aussi, s’ouvrant tour à tour suivant 3 modes différents pour libérer les graines. Le latex est une autre particularité partagée par toutes les euphorbes. La tige brisée laisse s’écouler un liquide blanc, plus ou moins agressif suivant les espèces. Rappelons que le latex n’est pas la sève. Il est produit dans des canaux spéciaux et résulte de l’accumulation de ressources inexploitées ou de déchets dus à l’activité chimique de la plante. Ce latex, irritant pour les yeux, la peau et les muqueuses, servit à brûler les verrues. Purgatif violent, il fut utilisé par la pharmacopée. La virulence du remède était atténuée par l’adjonction de jaunes d’oeufs, de miel et en émulsifiant le tout avec de l’eau. Mais la toxicité du remède a provoqué de nombreux accidents et conduit à l’abandon de son usage en médecine populaire. Ce latex servit de base à une préparation destinée à empoisonner l’eau des rivières. Les poissons, qui restaient consommables, pouvaient être pêchés tranquillement et en grande quantité !
Le roi Juba II de Mauritanie (1er siècle après J.C.) aurait découvert l’une de ces plantes. Il l’aurait dédié à son médecin nommé… Euphorbus. Mais en grec, le même mot signifie « bien nourrir ». Ainsi, autre possibilité, le nom de ces plantes pourrait faire référence au « lait » bien blanc et épais, coulant en abondance dans toute la plante.
Il existe environ mille espèces d’euphorbes de part le monde, présentant une variété de formes étonnantes puisque certaines ressemblent à s’y méprendre à des… cactus ! La seule manière de savoir qui se dresse devant soi est de regarder si l’on peut faire couler ce fameux latex présent dans toutes les euphorbes. Aux Canaries, celui d’E. ipeca est le seul utilisé dans l’alimentation sous forme de gelée rendue comestible après cuisson. Aux Caraïbes, les flèches étaient empoisonnées avec le latex de certaines espèces.

Les Euphorbiacées constituent une grande famille, du même nom, qui possède ses vedettes.

Le poinsettia des fleuristes, aux superbes bractées rouge vif n’est autre qu’Euphorbia pulcherrima. De nombreuses euphorbes (exotiques ou indigènes), sont utilisées à des fins décoratives et cultivées dans les jardins.

Le manioc (Manihot esculenta), base alimentaire de nombreux pays africains, est une rare euphorbiacée comestible. Sa racine est soigneusement préparée et débarrassée de l’acide cyanhydrique qu’elle contient (par traitement à l’eau, séchage, écorçage, etc.). On obtient alors farine et tapioca.

Autre célébrité, l’Hevea brasiliensis arbre extraordinaire dont le latex est transformé en caoutchouc naturel. Avant l’apparition du caout-chouc artificiel, son extraction en Amazonie et en Afrique enrichit des exploitants sans scrupules, profitant des populations locales, les soumettant par la terreur, la torture, utilisant des méthodes s’apparentant à l’esclavagisme et même au génocide. Des fortunes furent ainsi bâties en toute impunité.

Le ricin connu pour sa fameuse huile est également une euphorbiacée. L'acide ricinoléique altère la muqueuse intestinale et provoque des pertes importantes en eau et en électrolytes (sels minéraux), d'où son action purgative intense et irritante. La ricine, présente dans la plante et les graines, peut contaminer une huile mal préparée. En Italie, sous Mussolini, l'huile de ricin était l'un des instruments des Chemises noires. Les fascistes forçaient les adversaires politiques à avaler de fortes doses de cette huile. Les diarrhées et la déshydratation qui en résultait étaient si importantes qu'elles étaient parfois mortelles, surtout lorsque de l’essence était ajoutée pour un résultat assuré. On disait parfois que le pouvoir de Mussolini reposait sur « le gourdin et l’huile de ricin ».

L’huile de ricin est encore très utilisée dans différentes industries. Par exemple, elle est listée officiellement comme additif alimentaire (E1503), elle sert aussi à la préparation d'un émulsifiant (E476) utilisé notamment dans l'industrie du chocolat. Les fabricants autorisés peuvent ainsi s'affranchir de l'onéreux beurre de cacao.

Ses propriétés très intéressantes sont largement utilisées en cosmétique.

Mais revenons aux euphorbes locales et regardons attentivement les plus communes des 16 espèces bas-normandes.

L’euphorbe des bois (E. amygdaloides) : voir encadré. Son « lait » possède des propriétés purgatives mais dangereuses. Ses racines ont été utilisées pour calmer les fièvres.

L’euphorbe des jardins (E. peplus) : herbe légère de 10 à 40 cm de haut, rameuse, elle possède des feuilles ovales, sans dents. Les inflorescences sont à 3 rayons dichotomes (qui se séparent en deux). Elles possèdent des glandes en forme de croissant. Cette euphorbe, pionnière et nitrophile, est très commune dans les lieux cultivés. Peut être en avez-vous dans votre jardin, mais elle s’arra-che aisément…

L’euphorbe réveille-matin (E. helioscopa) : elle ressemble un peu à la précédente, mais… tout est dans ce mais ! D’abord les feuilles sont dentées. Puis la disposition des cyathes est particulière : l’inflorescence possède 5 rayons trichotomes (qui se séparent en trois) puis dichotomes. Enfin, les glandes sont ovales. « Helioscopa » signifie « regarde le soleil ». Pline l’Ancien affirmait que cette euphorbe « suivait le soleil ». Or apparemment, ce n’est pas le cas, mais elle en a gardé le nom. Son lait peut servir d’encre sympathique. Pour faire apparaître le texte secret, il suffit de tremper la feuil-le écrite dans du vinaigre.

L’euphorbe épurge (ou tire-fort) (E. lathyris) : Ses noms vernaculaires sont sans ambigüité, ses pouvoirs purgatifs sont violents. Originaire du pourtour de la Méditerranée, elle fut introduite tôt en Europe. On retrouve dans les textes moyenâgeux des recommandations pour la planter dans les jar-dins médicinaux ! Aujourd’hui assez rare dans la nature, elle est de nouveau plantée dans les jardins pour une autre raison : elle aurait la propriété de chasser les taupes, d’où son petit nom d’« herbe aux taupes ». Elle est vendue ainsi dans les jardineries, mais sa réputation est usurpée. Par contre le purin obtenu à partir de cette plante et déversé dans les galeries semble efficace. La reconnaître est aisé : grande et robuste, elle possède des feuilles opposées sessiles, mucronées (se terminant brusquement en pointe très aigue) et longues (de 4 à 20 cm). Les tiges sont rameuses dans le haut et les glandes des cyathes sont en croissant, à cornes courtes. L’euphorbe petit cyprès (E. cyparissias) : rare dans l’Orne, c’est une très jolie plante poussant sur les terrains calcaires. Les bractées à la base des cyathes prennent une belle couleur jaune vif, illuminant des tapis denses colonisés grâce à ses stolons dans les endroits qu’elle affectionne. Peu élevée (20-50cm), ses cyathes possèdent de jolies glandes en croissant doré aux cornes bien développées. Ses rameaux fertiles sont mu-nis de nombreuses feuilles alternes linéaires. À coté de ces beaux pieds, on voit par-fois des plantes de même taille, aux feuilles plus larges et rapprochées, sans fleurs. C’est la même plante, mais parasitée par un champignon, la rouille des petits pois (Uromyces pisi), qui envahit la plante, modifie sa morphologie et empêche sa florai-son. L’euphorbe fluette (E.exigua) : petite euphorbe (3 - 20 cm), rameuse dès la base de la tige, elle pousse sur le calcaire. Pionnière, elle affectionne les friches, les cultures, les bords de chemins. Ses feuilles rapprochées, sont alternes, sessiles, étroites. Ses glandes sont en croissant. Assez commune, elle est en régression.

Je vous propose pour terminer, une petite clé permettant de déterminer ces quelques espèces communes. Donc cette clé est très loin d’être complète !

1 - Bractées arrondies, soudées par deux à la base. Feuilles rapprochées en sorte de rosette vers le milieu des tiges florifères.

Glandes en croissant : ………………………………………………………………………………………E. amygdaloides

- Bractées non soudées, feuilles régulièrement réparties le long des tiges ……………………….………………………. 2

2 - Feuilles opposées, grandes, sessiles, semi embrassantes. Tiges dressées dépassant 30 cm : …………….…. E. lathyris

- Feuilles alternes …………………………………………………………………………………………………………. 3

3 - Glandes entières. Plante annuelle : ……………………………………………………………………….. E. helioscopa

- Glandes en croissant …...................................................................................................................................................... 4

4 - Ombelles principales à 9-15 rayons. Feuilles à limbes linéaires : ……………………………………...... E. cyparissias

- Ombelles principales à 2 - 5 rayons …………………………………………………………………………………….. 5

5 - Feuilles pétiolées à limbes ovales ou obovales. Bractées ovales : ………………………………………….… E. peplus

- Feuilles sessiles, à limbe linéaire. Bractées lancéolées. Plante grêle à tige d’environ 1 mm de diamètre : ….. E. exigua

 

euphorbe big

(Photographie : Cédric Delcloy)