Houx

houx

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : -
FAMILLE : Aquifoliacées
NOM LATIN : Ilex aquifolium
NOMS VERNACULAIRES :
Houx, Housson, Grand pardon, Bois franc, Gréou , Agrifous, Agriou, Grifeuil
SIGNES PARTICULIERS :
Petit arbre (2 à 10 m), de pousse très lente et à très grande longévité : jusqu’à 300ans. Ecorce lisse, devenant noirâtre, finement crevassée. Feuilles luisantes, coriaces, épineuses, perdant leurs piquants avec l’âge. Fleurs blanches et petites, unisexuées. Fruits petits, ronds, rouges (ou jaunes) à 4 graines
FLORAISON :
Mai / Juin
 

Au village, sans prétentions, le houx a bonne réputation

Bien sûr, en novembre, le Houx ne revêt pas un habit de lumière comme le Chêne ou le Hêtre. Mais que remarque-t-on dans nos forêts dépenaillées d’hiver ? Les feuilles toujours vertes et luisantes de cet arbuste. En effet, vivant plus de 2 ans et ne se renouvelant pas toutes ensemble, elles lui assurent un air de santé un tantinet arrogant au milieu des feuillus…effeuillés. Et que dire des pieds femelles qui depuis septembre arborent des parures écarlates ? Ces fruits d’ailleurs sont violemment purgatifs, et mieux vaut se contenter de les admirer. Seuls les merles les consomment, quand ils n’ont pas grand chose à manger, essaimant ainsi les graines. Supportant bien le couvert et demandant une humidité constante, le houx peut même devenir envahissant dans nos sous-bois.

Son feuillage et ses fruits ont, depuis la plus haute Antiquité, symbolisé la persistance végétale au cœur de l’hiver. Les décorations de Noël particulièrement prisées dans les pays anglo-saxons, remonteraient jusqu’aux Saturnales romaines célébrées en janvier. Cette verdure ininterrompue lui octroie une bonne réputation. De tout temps il fut associé à l’idée de prévoyance et considéré comme un arbuste bienfaisant. Ces feuilles, piquant durement pourtant, l’ont transformé en protecteur des hommes. De belles haies défensives autour des maisons empêchaient voleurs et mauvais esprits de pénétrer dans le foyer. Elles protégeaient contre le poison, les tempêtes, le feu…La magie et la sorcellerie ne sont pas loin : les jeteurs de sorts redoutent sa franchise. Mais le sang qui signera le pacte avec le Diable doit provenir du doigt piqué avec une de ses feuilles. Le soir du 24 décembre, on le suspend dans la maison et l’étable contre maladies et sortilèges. Il soigne, par un mystérieux pouvoir extérieur, les dartres et les maladies cutanées des animaux. En Limousin, « quand le Houx est tout à fait sec, le mal aussi…Le Houx transpire le mal » Dans ces croyances, on assiste à un transfert de la maladie : le mal est obligé de diminuer en même temps que la plante se flétrit.

Mais le houx possède de véritables propriétés médicinales. Ses feuilles contiennent des tanins et de l’ilicine (proche de la quinine). Elles présentent des vertus antispasmodiques, fébrifuges et diurétiques. Elles furent aussi utilisées contre la bronchite chronique, les rhumatismes, l’arthrite. On a même fabriqué du vin de Houx pour faire tomber la fièvre (30 gr de feuilles hachées et macérées dans du vin de Bordeaux). Voulez-vous un remède populaire contre les engelures ? Il suffit de frapper les zones atteintes avec une branche de Houx. Simple, mais…barbare !

Des traditions plus légères lui sont associées. Les jeunes filles touchaient ses épines comme on effeuille la marguerite : « je serai fille, femme, veuve, nonne… ». Les garçons, au mois de mai, allaient cueillir différentes branches à fixer aux portes des filles : l’aubépine pour le respect, le lilas pour la beauté, et le houx …pour les caractères acariâtres ou plus simplement insensibles aux charmes du soupirant !

Le liber, sous l’écorce grise, servait à fabriquer la glu. On le récoltait en période de sève, on le laissait pourrir puis on l’écrasait au mortier. Il fallait encore pétrir, rincer, laisser reposer, puis écumer cette préparation. Elle servait (et sert encore) sinistrement à attraper les petits oiseaux. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert affirme : "Ce n’est pas pour prendre les gentils oiseaux qui sont le plaisir des champs et qui vivent de mille insectes nuisibles qu’on vient d’indiquer la préparation de la glu, mais on peut en tirer d’autres usages : elle peut servir à sauver la vigne des chenilles et à garantir plusieurs plantes de l’attaque des insectes".

Son bois, dense et dur, au grain fin, est idéal pour de nombreux usages domestiques. Dans les moulins et autres machines analogues, les engrenages et les cames étaient faits de bois très durs et résistants au frottement, celui de Houx convenait parfaitement. Il fut transformé en lances, javelots, clavettes, peignes du tisserand, aiguillon du bouvier…D’ailleurs que dit la chanson ? « J’ai deux grands bœufs dans mon étable… la charrue est en bois d’Erable et l’aiguillon en branche de Houx ». Il a donné les mots houssoirs (balai de branches), et houssines( cravaches servant aux cavaliers et aux ménagères pour battre leurs tapis) Le verbe houspiller (tourmenter) avait pour forme première : houspigner, peigner avec un rameau de Houx. Son nom latin, donné par Linné, était celui du chêne vert (Quercus ilex), dont les feuilles étaient aussi coriaces et luisantes. Aquifolium vient de acer, aiguille, et de folium, feuille.

Les Aquifoliacées comptent 300 espèces qui appartiennent toutes, à part 4 ou 5, au genre Ilex. C’est en Australie, en Polynésie, et en Amérique latine qu’on en trouve le plus. Le Houx du Paraguay est particulièrement célèbre : ses feuilles contenant de la caféine, fournissent en infusion tonique, le maté. Ce breuvage est consommé tout au long de la journée, un peu comme le thé. Bien représentées en Europe du Nord, plusieurs espèces de houx sont utilisées en arbres d’ornement, sa taille étant aisée. Il en existe des variétés au feuillage bicolore, et même des variétés…. sans épines !