Sauge des prés

sauge des pres

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Lamiales
FAMILLE : Labiées
NOM LATIN : Salvia pratensis
SIGNES PARTICULIERS :
Poilue, légèrement aromatique. Feuilles ridées à base cordiforme. Fleurs de 2 à 3 cm, bleu-violet, en verticilles. Calice et corolle à deux lèvres. La lèvre supérieure de la corolle est en capuchon, la lèvre inférieure est trilobée. Pousse en touffe.
FLORAISON :
Mai/Juin
 

Une auxiliaire appréciée

La sauge des prés a oublié d'être modeste. Convaincue de ses mérites, elle se dresse fièrement dans les prairies, sur les talus, au bord des chemins et des routes. Ses tiges s'élancent, offrant au regard qui ne peut qu'admirer, des fleurs d'un violet épiscopal intense. Il faut bien reconnaître que cette ostentation n'est pas gratuite. Pour commencer, ses fleurs sont d'une architecture remarquable. Sous le capuchon de la corolle sont insérés étamines et pistil. La partie inférieure de la fleur est élargie en piste d'atterrissage. Lorsqu'un insecte affamé introduit sa tête au fond de la gorge florale pour y rechercher le nectar, il pousse une sorte de portillon. Aussitôt les étamines se courbent, venant déposer le pollen sur le dos du visiteur. Etamines et pistil ont une maturité décalée : quand le pollen est prêt, le stigmate ne l'est pas. Ce dispositif, pratiqué par certaines espèces, évite l'autopollinisation. Lors de la visite suivante, notre fleur ayant vidée ses étamines abaissera son stigmate sur le dos d'un nouvel insecte. Si celui-ci est chargé du bon pollen, la fleur sera fécondée. Cet ingénieux mécanisme distributeur est parfois mis en échec. Des mouches minuscules du genre Empis parviennent à glisser leur trompe dans le fond de la corolle sans déclencher l'abaissement des étamines. Le papillon Moro sphinx voletant sur place, possède une trompe assez longue pour passer sous le portillon. Mais ces resquilleurs sont minoritaires. Il reste assez d'insectes pour qu'au fond de chaque calice se forment quatre petites graines noires.

La sauge des prés n'est pas la seule du genre. Cinq cents espèces environ se partagent le monde entier, certaines comme Salvia officinalis ayant de nombreuses vertus thérapeutiques et aromatiques. "Salvia" résume bien ses qualités : du latin "salvare", guérir, la plante a été considérée depuis l'Antiquité comme panacée. Les romains la cueillaient à la main, vêtus d'une tunique blanche, pieds nus, n'utilisant jamais d'outils en fer incompatible avec les substances présentes dans la plante. Elle était destinée aux femmes dont elle soignait la stérilité : "Les femmes doivent rester quatre jours sans partager la couche conjugale, boire une bonne ration de jus de sauge puis infailliblement, elles concevront". Les Egyptiens connaissaient déjà ces vertus et soignaient ainsi les problèmes gynécologiques. Herbe sacrée, Charlemagne la fait cultiver et la met en tête de liste des herbes royales. Tous les jardins du Moyen Age accueillaient les sauges aromatiques qui servant de remèdes. Elles étaient considérées comme sacrées et capables de lutter contre la mort. Elles entrent alors dans de nombreuses préparations aux noms évocateurs : eau d'arquebuse, eau céleste, eau impériale… St Simon rapporte que Louis XIV s'en faisait servir quotidiennement en infusion. Les différents proverbes autour de cette fleur sont éloquents : "Qui a de la sauge dans son jardin n'a pas besoin de médecin" ou encore "Pourquoi mourrait l'homme dans le jardin de qui pousse la sauge, si ce n'est qu'il n'existe aucun remède contre le pouvoir de la mort ?". La sauge soigne les affections gastriques et intestinales, les inflammations des voies respiratoires, les crampes, la diarrhée. Elle est fortifiante, réduit la transpiration, soulage les troubles menstruels. En usage externe, elle est cicatrisante, désinfectante. Elle est employée en gargarisme contre angine et maux de dents, etc…il y a trop d'utilisations pour toutes les citer ! Mais attention, elle contient la même substance nocive que l'absinthe, et trop d'usage peut nuire.

Tant de qualités chez une plante incite à crier miracle, et la magie alors se faufile dans les usages. Ses pouvoirs allaient jusqu'à rassembler des couples désunis. Il suffisait de percer une de ses feuilles, d'y enfiler un cheveu de chacune des deux têtes, puis de brûler cette feuille au seuil du foyer : l'amour alors devait être éternel. Beaucoup de coutumes dans toutes régions et tous pays sont liées à cette plante. Pour les Indiens d'Amérique, la sauge avait des vertus purifiantes, qui se dégageaient avec la montée de la fumée vers les cieux. Des cérémonies où de grandes quantités de feuilles étaient brûlées sous la direction du sorcier, permettait de soigner corps mais aussi esprit. Et ses vertus ne s'arrêtent pas là ! Ses utilisations culinaires sont nombreuses. On l'utilise en épice, parfumant le porc et les viandes diverses, le thé, le vinaigre. On la retrouve dans les plats chinois. Bien avant le houblon, la sauge parfumait la cervoise, la bière, et elle demeure une composante de certains vins comme le Gestrawminer et les vermouths italiens. Elle est aussi utilisée dans la fabrication de parfums.

Elle assainit les armoires, protège le linge, chasse les idées noires et de nombreuses variétés embellissent nos jardins.