Coquelicot

coquelicot

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Papaverales
FAMILLE : Papaveracées
NOM LATIN : Papaver rhoeas
NOMS VERNACULAIRES :
Coquelicot, ponceau, pavot coq, mahon, chaudière d'enfer...
SIGNES PARTICULIERS :
Racines pivotantes. tige à latex blanc, de 50 à 70 cm, couverte de poils rudes - feuilles alternes et velues, profondément divisées en lobes étroits - fleurs rouges, isolées au bout d'un long pédoncule - corolle à 4 pétales, calice à 2 sépales - fruit : capsules courte et glabre
FLORAISON :
Juin / juillet / août / septembre
 

Feu d'artifice dans nos campagnes

Regardez cette beauté qui va, s'éparpillant en éclats vermillon tout au long de l'été. Silhouette fragile, le coquelicot aussi fier que son nom chantant, répand son rouge chatoyant. L'herbe aux alentours en est toute rajeunie, et son vert s'illumine. Quelle originalité dans la profusion ! La fleur déploie ses larges pétales hors du calice velu, véritable écrin enserrant un monceau de soie. Elle n'en finit pas d'extirper une chiffonnade de plis écarlates qui mettront quelque temps à se froisser. Les sépales, vêtus de poils rouge sombre, tombent dès que la fleur s'est épanouie. Pas de parfum, pas de nectar : seule une multitude d'étamines offre le pollen à la voracité des abeilles butinant ces coupes du matin au soir. Or ces insectes ne distinguent pas le rouge éclatant offert ! Mais le coquelicot émet aussi dans l'ultraviolet perçu par les abeilles et auquel nous sommes insensibles. Quelle vision du monde possèdent ces insectes ? Et la nôtre, ne serait-elle que très partielle ? Le soir même de sa pollinisation, la fleur laisse choir pétales et étamines. La fécondation effectuée, l'ovaire devient capsule. Le pistil, en séchant, rétracte ses parois, ouvrant sous son chapeau une série de petits orifices : la tige élastique libérera par ces ouvertures un flot de graines minuscules dès que le vent la fera osciller.

Mais une fois de plus l'apparence est trompeuse. Sous sa fragilité affichée le coquelicot cache un caractère de grand conquérant. Transporté dès le néolithique comme clandestin dans les premières récoltes de céréales - encore une plante invasive - il se répand dans les cultures, suivant l'homme dans ses migrations. Originaire du bassin méditerranéen (Turquie ou Bulgarie), le coquelicot est une herbe annuelle. Ses graines mûrissent avant l'intervention de l'homme dans les champs et peuvent rester très longtemps en terre avant de se développer. Plante messicole, poussant naturellement dans les champs de céréales, le coquelicot ne s'écarte guère des terres labourées et mises à nu, car il ne supporte pas la concurrence ni les associations fermées comme celles des pelouses. Le tri des semences, les dates du semis, du premier retournement du sol et des récoltes, l'introduction de nouvelles cultures d'hiver, et surtout la lutte chimique ont bouleversé le paysage agricole, faisant disparaître ces fleurs " nuisibles aux cultures ", et bien d'autres… Fini les champs rouges de blé qui ont inspiré Renoir ! Heureusement, ces touffes de joie ont trouvé refuge sur les talus.

Le latin " Papaver ", qui a donné " Pavot ", semble se rattacher au celtique " papà " signifiant " bouillie ", allusion à l'habitude de mêler le suc de cette plante à la bouillie des enfants pour les endormir. " Rhoeas " provient de " reo " : " je tombe, je coule ", imageant ainsi la chute précoce des pétales. Jusqu'au XVI ème siècle, le coquelicot portait le nom de coquerico, sa couleur écarlate rappelant la crête du coq. Présent dans les ornements funéraires des sépultures égyptiennes, les Sumériens et les Chaldéens l'utilisaient déjà. Pavot…le coquelicot ? eh oui, mais moins de morphine en lui ! Calmantes, adoucissantes, légèrement narcotiques, fleurs et graines ont été utilisées pour calmer les garnements et faciliter le sommeil des enfants et des adultes. Ses propriétés pectorales conviennent aux bronchiteux et aux asthmatiques, apaisant les affections pulmonaires. Pourtant cette plante contient dans son suc laiteux un alcaloïde légèrement toxique. Lorsque le coquelicot abonde dans le fourrage, il peut conduire à l'intoxication du bétail (indigestion gazeuse). Les Grecs mangeaient les jeunes feuilles en salade, coutume poursuivie longtemps en Italie.

Déméter, déesse de la fertilité et de l'agriculture, épuisée par la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Hadès (dieu des enfers), ne s'occupait plus de faire pousser le grain ! Alors le dieu du sommeil lui offrit le coquelicot qui la fit dormir. Reposée, elle put de nouveau accomplir sa tâche. Les anciens croyaient d'ailleurs que la présence de cette fleur dans un champ était indispensable à la prospérité des récoltes. Les temps changent ! Voulez-vous savoir si vous êtes aimé ? L'intensité du bruit d'un pétale claqué dans les mains vous indiquera la profondeur des sentiments. Un petit sachet de graines de coquelicot glissé sous l'oreiller favorisera le sommeil et procurera des rêves roses. Futurs parents soucieux du sexe du bébé à venir, arrachez un pétale d'un bouton : s'il se déchire en jambe de pantalon, ce sera un garçon, s'il reste entier comme une jupe, ce sera une fille ! Pourtant ce petit pavot rouge fut parfois considéré comme maléfique. Dieu, pour le punir de sa fierté, aurait permis au diable d'y insérer sa marque : voila une origine des taches noires présentes au fond de certaines corolles.

Que dire encore ? Utilisé pour colorer les vins, les fromages, le thé, il entre dans la composition de sirops et de bonbons. Mais terminons en laissant la parole à l'écrivain :

"Vous reconnaîtrez plus volontiers quelque possibilité d'existence pour les anges parce qu'ils vous font la politesse de rester invisibles. Vous feignez de les croire ailleurs et il est aisé de les nier, tandis qu'un coquelicot, un chêne ou un sorbier vous font l'affront d'affirmer la présence d'un rêve impossible avec une évidence insoutenable".

coquelicot 2

(Photographie : Jacques Rivière)