Digitale pourpre

digitale pourpre

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Scrophulariales
FAMILLE : Scrophulariacées
NOM LATIN : Digitalis purpurea
NOMS VERNACULAIRES :
Digitale commune, Gants de Notre Dame, Gant de bergère, Doigt de la Vierge, Gantelée, Dé de Notre Dame, Queue de loup, Pétreau, Pétard, Claquet…
SIGNES PARTICULIERS :
Velue blanchâtre, tige robuste et creuse, feuilles molles, crénelées, les basilaires et les moyennes longuement pétiolées, fleurs pourpres tachetées à l'intérieur, capsules ovales. Peut atteindre 1,5 m.
FLORAISON :
Juin/juillet/août/septembre
 

Juin arrive. Dans la forêt, la beauté se prépare. L'œil du promeneur a pu observer depuis un mois ou deux des rosettes de feuilles blanchâtres et veloutées sur leur face inférieure, ridées comme un vieux parchemin. De ces rosettes s'élancent maintenant des tiges vigoureuses et velues, portant à leur extrémité des boutons floraux frileusement resserrés et dressés. Ils vont s'écarter puis s'étaler au cours de la croissance de la tige, mais tous sont portés d'un seul côté. Bientôt les fleurs vont s'épanouir, inondant la forêt de pourpre profond et tendre. Chacune est composée de cinq pétales soudés, véritable " jupe-cloche " au bord retroussé ourlé de blanc. Ainsi l'intérieur délicat et velouté étale sa clarté rose pâle constellé de sombres tâches folles, elles aussi auréolées de blancheur. Mais l'accès n'est pas offert à n'importe qui ! Les poils à l'intérieur de la corolle en interdisent l'entrée aux insectes faiblards. Il faut être abeille ou bourdon par exemple pour pouvoir butiner la splendeur. Les étamines arrivent à maturité avant le pistil et les fleurs commencent à s'ouvrir dans le bas de la tige : ainsi, tout risque d'autopollinisaton est évité et seuls les insectes assurent la reproduction de la plante. Il a bien fallu qu'elle développe coquetterie et séduction à leur égard, et ma foi notre œil humain profite, une fois de plus, de l'aubaine. La fleur se fane après une courte vie de six jours environ. Le fruit va se former, capsule qui s'ouvrira lorsqu'elle sera mûre, libérant une multitude de petites graines (un ou deux millions par pied !).

La digitale est une plante bisannuelle. La première année, seule une rosette de feuilles (décrite plus haut ) apparaît. La hampe florale altière ne s'épanouira que la deuxième année. Cette plante ne pousse pas partout : elle a ses préférences. Les terrains siliceux lui conviennent parfaitement. Parfois cependant, elle se contente de calcaire, les fleurs alors prenant une teinte plus pâle. Elle aime friches, talus et clairières. Elle peut être très abondante dans les coupes forestières, la pourpre alors dominant l'écrin vert. Elle en disparaît au bout de quelques années, quand le couvert végétal augmente, pour réapparaître dans d'autres endroits, à l'occasion d'autres coupes.

"Cadeau enfantin de la terre", comme la qualifie Virgile dans ses Églogues, la digitale est à la fois remède et poison. L'ensemble de la plante contient une multitude de substances très actives. W. Withering (1741-1799), médecin anglais, fut le premier à utiliser scientifiquement la digitale comme tonicardiaque. C'est en 1868 que le français C.A. Nativelle parvint à isoler la digitaline. Présente dans toute la plante, elle se concentre d'une manière optimale dans la feuille qui seule est récoltée. Traitée par l'industrie pharmaceutique, cette plante fournit des remèdes régulateurs du rythme cardiaque de première importance. La digitale est également diurétique. Mais la marge entre la dose toxique et la dose thérapeutique est très mince. Toute la plante est un poison violent qui peut entraîner la mort.. après de nombreuses souffrances. Les apothicaires du Moyen Âge l'utilisaient déjà, mais conseillaient de ne la cueillir que de la main gauche et avant la rosée, sous peine de mort… Digitale, du latin digitus : doigt. Le tube de la corolle s'est ancré dans l'imagination comme les doigts d'un gant. Paradoxalement, cette plante dangereuse s'imposa comme protectrice souvent dédiée à la femme. Sa couleur délicate, sa beauté, sa fierté lui ont-elles valu indulgence ou admiration ? " Gants de la Vierge ", " Gants (ou dés) de Notre Dame "… par ces protections naturelles, les doigts féminins devaient être épargnés dans leurs travaux. Les femmes quadrillaient le sol de leur maison à l'aide d'une décoction savante de digitales : le foyer devait ainsi se retrouver protégé des diables, des esprits malins, des mauvais sorts sensés l'assaillir. Même les loups étaient soupçonnés d'utiliser cette plante à leur avantage : ils la mâchaient, disait-on, pour résister aux poisons ! Bien sûr, on retrouve sa dualité (poison-remède) dans ces coutumes. La présence d'une seule de ses clochettes dans la maison suffit à faire tourner le lait. La Voisin et la marquise de Brinvilliers l'utilisèrent couramment pour fabriquer vêtement vénéneux, bague de la mort, chandelles toxiques…

Ses autres noms vernaculaires - Pétard, Claquet, Péterelle - proviennent d'une particularité évoquant la fête ou le jeu de gamins : lorsqu'on ferme l'orifice de la fleur, un choc appliqué sur celle-ci provoque un bruit assez fort.

La digitale pourpre est répandue en Europe de l'Ouest et du Centre, ainsi qu'en Corse et en Sardaigne. Elle manque dans le Jura et la région méditerranéenne. Elle s'est naturalisée en Amérique du Nord. Ce n'est pas la seule digitale au monde ! Il en existe une vingtaine d'espèces, et dans nos montagnes nous pouvons en rencontrer des jaunes par exemple. Leur beauté les ont transformées en ornement courant de nos jardins, les jardineries en proposant de nombreuses variétés de couleurs différentes.

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