Frêne commun

frene

CLASSE : -
ORDRE : -
FAMILLE : Oléacées
NOM LATIN : Fraxinus excelsior
NOMS VERNACULAIRES :
Frêne commun, Frêne élevé, Gaïac des Allemands, Quinquina d'Europe...
SIGNES PARTICULIERS :
Arbre de 20-30 m, tronc droit et élancé, écorce gris-beige fissurée, bourgeons noirs, feuilles opposées à 5-15 folioles lancéolées et dentées, fleurs en bouquets denses sans périanthe, mâles, femelles ou hermaphrodites, naissant avant les feuilles
FLORAISON :
Avril
 

Un arbre de légendes...

Quand sa propre famille - ici les oléacées - contient autant de célébrités, quoi de plus naturel que de le faire savoir ? Le frêne en effet a pour cousins l'olivier, le lilas, le troène, le forsythia… Habitant l'Europe entière, il se plaît dans les terres argileuses et profondes. Fraxinus provient du grec frasso : serrer, à moins que ce ne soit du latin fragasus : rude. Excelsior signifiant élevé, on devine caché sous ce nom un arbre fier et résistant. Le frêne au port élancé est une force de la nature. Un vieux frêne isolé impressionne par la puissance alliée à la délicatesse de sa silhouette. Cet arbre familier ne fait pourtant rien comme les autres. Son feuillage léger reste vert jusqu'à sa chute. Un pied peut porter des fleurs hermaphrodites ou unisexuées. Les fleurs mâles sont globuleuses et noirâtres, les femelles sont violacées et plus élancées mais aucunes ne s'ornent de pétales. La pollinisation est assurée par le vent, aussi point n'est besoin de se mettre en frais de séduction pour attirer les insectes. Son originalité ne s'arrête pas là ! Les épaisses grappes brunes de ses fruits pendant spectaculairement au bout de ses rameaux ont été surnommées dans certaines provinces " langues d'oiseaux ". Elles restent longtemps accrochées à l'arbre, ornement hivernal persistant alors que les autres feuillus ont tout perdu le temps d'une saison. Arbre aphrodisiaque, le frêne est dit " mâle " quand il porte beaucoup de fruits…. c'est à dire quand c'est un pied femelle ou hermaphrodite ! Encore un exemple de vanité masculine sans fondement ? En Savoie, ces samarres mangées après avoir été chauffées au four, furent un moyen de lutte aisé contre les mauvais sorts et elles " dénouaient l'aiguillette (des messieurs) ". Coudre un petit rameau de cet arbre dans le collet d'un habit, parsemer les feuilles aux quatre coins d'une maison protègent des maléfices. Planter une de ses branches dans les champs à la Saint Jean favorise les récoltes. Le frêne permet aussi de prévoir le temps : " si le frêne est vert avant le chêne, tout l'été sera mouillé ". Pline et Dioscoride lui attribuaient le pouvoir de chasser les serpents. Une feuille dans une étable en éloignait les reptiles, et son bois râpé sur une de leurs morsures devait la guérir.

Les nombreuses propriétés, coutumes et superstitions rattachées à cet arbre ne sont qu'un timide reflet de la place tenue par celui ci dans les mythes scandinaves. Le frêne y fut un être de dimension cosmique. Support de la voûte céleste, plongeant ses racines dans la sagesse, Yggdrasil - tel est son nom - abritait le tribunal des dieux. Des sacrifices humains en hommage à Thor étaient pratiqués sous son ombrage. Axe du monde, toute la vie est concentrée en lui. Les dieux périront, l'univers disparaîtra, mais lui, Yggdrasil renaîtra et de lui surgira une nouvelle création.

Ses nombreuses qualités médicinales et mécaniques renforcent ces traditions. Les feuilles sont diurétiques et antirhumatismales. Elles servaient de fourrage en montagne. Récoltées jeunes et séchées au soleil sans pétiole, elles permettaient la préparation d'un thé, véritable boisson de jouvence. L'écorce, parfois appelée " quinquina d'Europe ", est fébrifuge, tonique, astringente et expectorante. De nombreuses préparations de vins et piquettes utilisent feuilles, racines, écorce.

Quant à son bois, que d'usages l'homme a su en tirer ! Souple et élastique il se courbe et se tourne à merveille. Si le bois dur de l'orme était indispensable aux charrons pour les moyeux, les essieux, les jantes et les patins de freins, c'est le frêne qui composait les rayons des roues, timons et brancards. Ne faisant pas d'échardes, il avait la préférence pour composer les outils de grandes taille : fourches, râteaux, rames et avirons… Les skis, jusqu'à la fin des années 50 étaient en frêne. Il s'utilise en menuiserie et en ébénisterie : ses racines et les loupes de son tronc sont appelées " ébène gris ". On en fabrique des queues de billard, des crosses de fusil. Sa souplesse fut exploitée pour la fabrication des arcs, à côté de l'if et du cytise. D'ailleurs les anciens connaissaient toutes ses propriétés. Il fut vénéré dans le monde grec comme arbre bénéfique. La lance d'Achille et l'arc d'Eros, qui jamais ne manquaient leurs cibles, étaient en frêne.

Le frêne élevé n'est pas la seule espèce du genre Fraxinus. Il en existe environ 65, dont certaines sont utilisées comme plantes ornementales.

 

Un arbre

Pendant que je t 'aimais dans les hauts de la ville
Un frêne, tendre et dur, creusait ses reins au vent
Arqué comme la nuit de tempête et d'argile
Fondant fief et le sol face au ciel dérivant.

Ma joie, d'un même élan, redécouvrait sa force
Je te ployais avant que d'être ainsi ployé
Et pendant qu'à la vitre octobre ruisselait
Des houles, des forêts, irriguaient notre écorce.

Ma joie, d'un même élan, redécouvrait sa force
Je te ployais avant que d'être ainsi ployé
Et pendant qu'à la vitre octobre ruisselait
Des houles, des forêts, irriguaient notre écorce.

Le temps passe, la neige arrive au bout de l'an
Ton corps terrible et doux fait soleil sur ma pierre
Un jour je serai frêne et nuage blanc
L'un à l'autre tressés, l'un l'autre gémissants
Dans le creuset fumant des moiteurs de la terre.

Luc Bérimont