Arum tacheté

arum

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Arales
FAMILLE : Aracées
NOM LATIN : Arum maculatum
NOMS VERNACULAIRES :
Gouet, pied de veau, vachotte, pilette, dragonne, langue de bœuf…
SIGNES PARTICULIERS :
Tubercule ovale, feuilles entières, luisantes, parfois tachetées, en forme de flèche à la base. Les feuilles sans calice ni corolle sont portées par un axe ou spadice, et entourées par un vaste cornet ou spathe. les baies rouges sont agglutinées en haut du spadice.
FLORAISON :
Avril à mai
 

Piège machiavélique

Qu’y-a-t-il le long de cet axe, de ce spadice de forme évocatrice ? Un premier anneau de fleurs mâles très petites, ensuite une couronne de poils (fleurs stériles), puis, après un second manchon de poils rassemblés tout en bas au fond du cornet, les fleurs femelles d’accès peu aisé. Alors comment pallier à cet inconvénient quand on est pollinisé par les insectes ? Par l’ingéniosité ! La maturité des fleurs femelles et mâles s’effectue à plusieurs heures d’intervalle. Le 1er jour, vers midi, les fleurs femelles mûrissent. En même temps, phénomène exceptionnel chez les végétaux, l’énergie de la combustion due à la respiration échauffe le spadice jusqu’à 25 – 40°C ! D’où formation d’odeurs cadavériques à base d’ammoniac, parfum irrésistible pour les mouches qui arrivent à tire d’ailes pour jouir de cet arôme délicat, et se posent sur la massue enduite d’une substance glissante : le piège se referme. Les petites bêtes tombent au fond du spathe et ne peuvent plus sortir, la chambre étant verrouilée par les couronnes de poils. Elles se bousculent, s’agitent en tout sens, déposant dans leur affolement le pollen apporté, sur leur dos, de pieds d’arum voisins. Pendant la nuit, les felurs mâles mûrissent à leur tour, les poils se flétrissent libérant les insectes qui au passage se déchargent à nouveau de pollen. Ivres de joie, ils se précipitent, impatients de goûter à tous les délices de la vie, vers le prochain arum qui dégage une odeur si suave…mais vous connaissez l’histoire !

Le fruit de l’arum était l’objet d’un étrange symbolisme sexuel. Les fermiers, à la simple vue de la taille du spadice, pouvaient dire si la prochaine récolte serait abondante. C’est son port érigé qui a conduit le médecin grec Dioscoride à le classer parmi les aphrodisiaques. Ses fruits sont très toxiques.

Le rhizome de certaines variétés renferme une substance farineuse qui, correctement traitée, devient comestible. Elle est vendue sous le nom d’arrow-root. On peut aussi extraire de l’amidon, jadis fort prisé par les nobles pour durcir leurs collerettes, mais beaucoup moins des lavandières, car il entaillait et gerçait leurs mains.

 

"C’est une fleur – si l’on veut. Mais justement je ne veux pas. Où voyez-vous que l’arum est une fleur ? Point de pétales. Point de sépales. Le vert de la tige s’évase sans suture ni raccord, se développe en cornet et blanchit…
Dans mon pays, il bée aux bois humides, mais son cornet à l’état sauvage reste vert, et nous l’appelons moine, parce qu’au centre de son cornet roulé, un style, phallique et brun, se tient campé comme prédicateur en chaire. Il ne fleure pas bon, ce petit moine. Laissez le aux fourrés d’Auteuil où on le rencontre encore, annonciateur printanier."

Colette