Violette odorante

violette odorante

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Violales
FAMILLE : Violacées
NOM LATIN : Viola odorata
NOMS VERNACULAIRES :
Violette odorante, violette de mars, violette des haies, viole de carême, jacée de printemps, violier commun.
SIGNES PARTICULIERS :
Souche épaisse, émet des stolons. Feuilles toutes en rosette à la base de la plante, très cordées, au bord muni de dents arrondies. Fleurs odorantes violet foncé, munies d'un éperon violacé. Atteint 15 cm de hauteur.
FLORAISON :
Mars-avril-mai
 

Une célèbre... inconnue

Ce n'est pas la Première, l'Annonciatrice du printemps, la Messagère du renouveau, mais il s'en faut de peu. Cette violette fleurit précocement, en mars avril. Elle s'épanouit dans les haies, les prés, à l'orée des bois, sur les talus. Elle n'est pas l'unique du genre viola, mais elle, elle est aisée à reconnaître. C'est eHe qui exhale un parfont suave et prononcé. Pas besoin je pense d'explications, l'étymologie de son nom est pour une fois aisée à comprendre : Viola odorata, Violette odorante, c'est une évidence !

Pourtant cette violette peut être blanche parfois, et màue rosé ou jaune, l'éperon restant violet. C'est la première surprise de cette plante extraordinaire.

Au fait, dans le genre " viola ", on peut également trouver des pensées sauvages. Qu'est-ce qui les distingue ? Entre autre, la disposition de leurs cinq pétales : les violettes ont deux pétales dressés vers le haut alors que les pensées en présentent quatre.

Revenons à la violette odorante et à ses mystères. La fleur, d'un violet profond, offre aux insectes butineurs un éperon rempli de nectar. Ils y trouveront aussi du pollen, s'ils le désirent. Mais ce pollen est dégénéré et la fleur, qui ne recule devant rien pour attirer les pollinisateurs, est stérile ! Aucune descendance ne sera engendrée par ce butinage. Un peu plus tard, lorsque ces beautés seront fanées, d'autres fleurs très discrètes se formeront à l'abri des feuilles. Elles ne ressemblent en rien aux premières. Ce sont de toutes petites fleurs vertes, aux pétales nuls ou avortés, ressemblant à de petits boutons verts. Ces fleurs resteront closes. Elles possèdent un pistil très court, en contact avec les sacs polliniques. Le pollen tombe directement dans le stigmate et la fleur formera les graines. Ce n'est pas la seule plante à pratiquer l'autofécondation à l'intérieur d'une fleur fermée. Ce phénomène est appelé cléistogamie. Certaines Céphalantères (orchidées) le pratique parfois. Mais pourquoi se donner la peine de former ces joyaux parfumés mais inutiles cependant ? Quel est ce mystère de l'évolution ?

Les graines, une fois libérées, renferment encore des merveilles. Elles sont munies d'une petite glande huileuse destinée à attirer les fourmis. Celles-ci les transporteront pour constituer leurs réservés. Certaines de ces graines tomberont au cours du voyage. La propagation de l'espèce se trouve ainsi assurée par cette connivence insecte - fleur.

La violette odorante, une fois installée, développe un coussin dense de feuilles arrondies. La plante forme des stolons, et en dépit de sa réputation de modestie, elle peut en quelques années supplanter des plantes en apparence plus robustes.

Une graine a réussi à germer. Une rosette de feuilles se forme, des bourgeons latéraux émettent des tiges rampantes terminées en rosettes où de nouveaux bourgeons donnent de nouveaux stolons. La première floraison passe inaperçue: elle est constituée des petites fleurs fertiles vertes. Les années suivantes, les fleurs stériles violettes apparaîtront en premier, suivies des fleurs fertiles et cachées.

La violette odorante est connue depuis l'Antiquité dans, le Bassin, méditerranéen. Les Athéniens en achetaient des bouquets dès 400 Av.J.C.et les utilisaient déjà en pommades ou tisanes. Elles étaient répandues sur le sol des maisons lors des festins pour protéger les hôtes. Fleur d'Aphrodite, les Grecs la choisirent comme emblème de la ville d'Athènes. Les anciens n'ont-ils pas prétendu que la fille d'Atlas, poursuivie par Apollon, fut changée en Violette ? Que la flore serait pauvre sans les aventures galantes des Dieux grecs !

Les romains les appelaient " violettes de mars " et en tressaient des couronnes - non pas triomphales - mais pour soigner les migraines après une nuit d'orgie.

Le Moyen Âge et la Renaissance l'utilisèrent abondamment. Henry IV, Louis XIII et leurs descendants se poudraient et se parfumaient " à la violette " pour couvrir les odeurs corporelles.

Cultivée dans le potager du Roi à Versailles, elle se retrouvait ensuite sur les tables du palais.

Utilisées en médecine, les fleurs sont consommées en sirop ou en infusion contre la toux. " Faire bouillir sept fleurs et en prendre une tasse " devait dégager la poitrine. Si les fleurs étaient blanches, le remède devenait plus efficace. La rareté de ces variétés associée au symbolisme de la couleur blanche et du nombre sept donnaient à cette tisane une force magico-religieuse, la toux ne résistait pas ! Les racines sont considérées comme vomitives et purgatives. Les feuilles en cataplasmes sost émollientes. L'Ecole de Saleme déclarait ; " d'une tête pesante elle ôte le fardeau et d'un rhume fâcheux délivre le cerveau ". C. Estienne (1658) écrivait : " Les fleurs de violette appliquées sur le front apaisent la douleur de tête qui provient de trop boire, et font dormir ".

La parfumerie bien sûr s'est emparée de la fleur, ses usages allant de la simple décoction adoucissant la peau et décongestionnant les paupières gonflées, aux parfums et aux eaux de toilette.

Bref, comme dit Brassens : " Tout est bon chez elle, il n'y a rien à jeter... " Ainsi la plante fut abondamment cultivée. On en a tiré beaucoup de variétés, par exemple la variété aux fleurs doubles connue sous le nom de " Violette de Parme ". Au XIX ème siècle, toute l'Europe jardinière chouchoute cette fleur. Les surfaces cultivées en violettes atteignent 1 000 ha dans la région d'Hyères. Les cultures s'étendent jusqu'à Nice. Ces végétaux sont vendus pour les fleurs et les bouquets. L'essence distillée des pétales est utilisée en cosmétique. En 1900, la Côte d'Azur distille 200 t de fleurs de violettes. Actuellement, on réalise industriellement la synthèse d'un corps voisin de l'acétone parfumé et naturel, reproduisant l'odeur de la fleur.

L'importance économique de la violette contraste avec sa petite taille. Dans le langage des fleurs, elle est le symbole de la modestie. Mme de Sévigné appelait Louise de La Vallière, favorite de Louis XIV, " l'humble violette".

Ce n'est pas tout. Il reste un usage non abordé et accessible à tous : l'usage culinaire. Les fleurs comestibles peuvent décorer des salades. Elles peuvent également être transformées en confiserie. Il existe de nombreuses recettes utilisant la violette.


Voir aussi :

Crème glacée nappée d'un sirop de violette
Bonbons de violettes