Berce

berce

CLASSE : Dicotylédones
ORDRE : Apiales
FAMILLE : Apiacées
NOM LATIN : Heracleum sphondylium
NOMS VERNACULAIRES : Berce, patte d’ours, de loup, faux panais
SIGNES PARTICULIERS :
Bisannuelle ou vivace à vie brève. Tige creuse, fortement sillonnée. Feuilles pennés aux segments larges, lobés, rudes au dessus, soyeux en dessous. Feuilles supérieures à base très dilatée. Fleurs blanches à grandes ombelles de 12 à 25 rayons.
FLORAISON :
Mai, juin, juillet, août, septembre
  

Inutile de s’en aller très loin dans le seul but de s’émerveiller. Ce prétexte au voyage est surement nécessaire mais il est aussi insuffisant : l’extraordinaire est partout, y compris dans le plus familier, le plus proche. La berce fait partie de ces enchantements prolifiques. Où pousse-t-elle ? Partout : bords de routes, terrains vagues, lisières de forêts, fonds de jardins, là, tout près de chez nous. Membre de la superbe famille des Apiacées (le genre Apium étant celui du céleri), elle est, contrairement parfois à ses proches parents, facilement identifiable. On ne peut la confondre avec ses cousines célèbres come la carotte, le cerfeuil ou encore la vénéneuse cigüe. Sa haute stature, ses feuilles larges et découpées qui lui ont donné ces noms imagés de pattes d’ours ou pattes de loup, suffisent à la distinguer. Qu’a-t-elle de commun avec les autres membres de sa famille ? La réponse était immédiatement contenue dans l’ancien nom de cette dernière : les Ombellifères. Les pédoncules et pédicelles (quand il y en a) de ses fleurs partent tous d’un même point et leur longueur est ajustée de manière à obtenir une surface pratiquement plane ou en forme d’ombelle à la floraison. Les ombelles de la berce, spectaculaires, peuvent atteindre 20 cm de diamètre. Elles se composent de petites fleurs blanches à cinq pétales, des fleurs qui semblent sans prétention mais qui pourtant ne sont pas aussi simples que cela, puisque celles du pourtour sont asymétriques. Les fruits, secs et indéhiscents, se séparent en deux éléments d’où leur nom de diakènes. Chez la berce, ils sont tellement légers et aplatis qu’ils peuvent s’envoler au gré du vent sans avoir besoin d’ailes. Les ombelles automnales gardant quelques fruits secs accrochés à leurs pédicelles offrent une beauté nostalgique égalant la beauté pimpante de l’été.



berce claironLeptures, clytes soufrés, trichies à bandes, clairons, mordelles, téléphores, punaises, réduves, macrophies, ichneumons, guêpes, crabos, pompiles, sepsis, syrphes, hélophiles, éristales, volucelles, tachinaires etc. , cette litanie n’est rien d’autre qu’une liste d’insectes amoureux inconditionnels de cette plante. Imaginez ce qu’elle représente pour ce petit monde : un rêve, une oasis de bonheur. Les fleurs (une trentaine) gorgées de nectar succulent et abondant se trouvent groupées en plusieurs surfaces blanches se distinguant sans difficulté et offrent une piste d’atterrissage solide et confortable. On peut s’y nourrir à volonté, s’y reposer, ou encore finaliser des amours. Les ombelles de berce reçoivent des visiteurs à toute heure de la journée, et leur prodiguent maints bienfaits nécessaires à leur vie. En échange, les insectes pollinisent la plante. L’hiver, ses tiges creuses servent d'abri à nombre d'invertébrés (forficules, etc.), il est donc judicieux de conserver quelques tiges debout. Un résumé de service public, utile et nécessaire à toute la société !

Les insectes ne sont pas les seuls à bénéficier de ses largesses. Les lapins adorent ses feuilles et les humains ne sont pas en reste. Digestive, emménagogue, hypotensive, la berce doit son renom à ses vertus toniques et aphrodisiaques. Henry Leclerc, médecin de l’armée (1860 - 1955) père de la phytologie moderne, mit en évidence ces dernières propriétés connues depuis longtemps. Dans les traditions slaves et d’Europe de l’Est, elle est considérée comme le « ginseng d’Europe ». Son nom de genre, berce turquoiseHeracleum, rend hommage à sa robustesse en la comparant à Hercule; Mais une autre version ferait allusion aux exploits amoureux de ce héros. Les fameuses « dragées d’Hercule » en vogue au XIXème siècle avaient la prétention de décupler la virilité. Ne chuchote-t-on pas qu’Hercule aurait eu un 13 ème travail à honorer ? Satisfaire 12 vierges en une nuit ! Il y serait parvenu grâce à une décoction de berce... Sphondylum provient du grec spondyle = vertèbre, renforçant encore l’idée de force qui se dégage de la plante. La liste des qualités n’est pas terminée ! Les usages culinaires sont multiples. « Tout est bon chez elle, rien n’est à jeter ». Ce vers de G. Brassens s’applique particulièrement à la berce. Les jeunes feuilles s’ajoutent aux salades. Plus grandes, elles sont meilleurs cuites. Les tiges crues, pelées, sont juteuses et possèdent un goût surprenant de mandarine. Les inflorescences jeunes, encore entourées dans la base élargie du pétiole, peuvent être cuites à la vapeur et mangées avec yaourt et assaisonnements. Les fruits donnent un condiment très fort (ne pas en abuser) qui se marie bien avec des céréales. La racine peut également servir de condiment. Dans les pays d’Europe du nord et de l’est, elle est transformée en une boisson aigre, tenant de la bière acide, nommée « bartsch », d’où peut-être le nom de « berce ». « Canette sauvageonne rôtie à la berce, borsch de berce à l’ancienne, galette de pommes et fruit de berce sauvage, sorbet à la berce, etc. » les recettes ne manquent pas !

Enfin, cette plante a beaucoup inspiré les artiste tenant de « l’Art Nouveau » (ferronnerie, peinture, mobilier, objets etc.)

berce fruits

La berce du Caucase

Robuste notre berce sauvage ? Une mauviette à côté de la berce du Caucase. Mesurant 4 ou 5 m de hauteur, elle développe des feuilles pouvant atteindre 1 m² et des ombelles (ou plutôt des parasols) de 50 cm de diamètre ! Son développement végétatif demande 2 à 3 ans. Elle fleurit la 3ème ou 4 ème année, de juin à septembre. Chaque pied produit des milliers de fruits (20 000), capables de germer sans peine dans un milieu favorable frais et humide, pas trop difficile à trouver dans nos régions. Spectaculaire, elle est le fleuron de maints jardins publics ou privés. Originaire d’Europe centrale comme son nom vernaculaire nous l’indique, elle doit son nom d’espèce à Paolo Mantegazza, anthropologue italien. Ce dernier voyagea aux côtés d’Émile Levier et Stéphane Sommier, deux botanistes du 19 ème siècle. Au cours d’un voyage dans le Caucase auquel P. Mantegazza ne participa pas, les deux botanistes rapportèrent les graines de cette ombellifère surprenante. Ils la décrivirent en 1845 et lui donnèrent le nom d’Heracleum mantagazzianum en hommage à leur ami. La dissémination de l’espèce n’a vraisemblablement pas eu lieu avant le début du XXème siècle. Pourtant, on signale son introduction dans les jardins dès 1810 (elle est signalée dans le jardin royal de Kew, Grande Bretagne, dès 1817). Ce végétal splendide présente quelques inconvénients. Elle produit une toxine phototoxique appelée furanocoumarine (phototoxique signifie qu'elle réagit si on l'expose à la lumière). Cette toxine, présente dans la sève, provoque des inflammations et des brûlures de la peau. Le tout premier contact avec cette substance est indolore, les premiers symptômes n’apparaissent que quelques heures plus tard. Brûlures et cloques qui peuvent suppurer et être très douloureuses, laissent parfois des cicatrices permanentes. La guérison peut demander du temps. De caractère conquérant, cette plante peut être qualifiée d’invasive. Son développement peut être spectaculaire et étouffer son voisinage. Son éradication est rendue délicate par la toxicité de la sève, et ne peut se réaliser que par des personnes protégées par gants et combinaisons appropriées.

 berce caucase

Exemple de lutte contre la berce du Caucase

à Honfleur

Ce chantier, permettant la mise en oeuvre de projets d’insertion, propose un programme sur trois ans (2007 -2010). Le premier point consiste en un recensement des lieux où pousse la plante et la programmation d’intervention systématique, y compris chez les particuliers.

Des travaux d’épuisement de la plante et des tests de différents protocoles d’intervention sont mis au point. Les six modes retenus

1°) Le décolletage

2°) la coupe de la hampe florale et le traitement chimique dans la tige

3°) le décolletage avec fraisage de la racine et semis d’herbe

4°) la coupe et le bâchage des terrains

5°) Le traitement chimique

6°) Coupe systématique des repousses

La lutte est inégale, difficile, dangereuse. Elle nécessite une sensibilisation et une mobilisation accrues de la collectivité locale grâce aux interventions d’experts (DIREN, C.N.B.B) En 2008, différents fauchages (au ras du sol, avant fleurissement et au fleurissement) sont testés. Dès mars, on pratique au décolletage systématique des pieds. Une clôture est posée autour d’un pré colonisé pour qu’il soit pâturé. On bâche de petites parcelles En 2009, on pratique des traitements chimiques et un débroussaillage intensif. À chaque fois, les résidus de coupe sont mis en fosse. Sur les prochains travaux de la zone portuaire, une interdiction d’exportation de terre a été incluse dans les conditions de réalisation. Les matériels devront être nettoyés

D’après le diaporama présenté aux rencontres sur les plantes invasives de Basse Normandie (30/04/2010) par A Renouf (association « Pays d’Honfleur) et P. Levallois (association « Etre et boulot »)
Un autre point de vue :

La berce du Caucase par Gilles Clément

(…) De ces plantes géantes je tiens les prémices du « Jardin en mouvement ». C’est à partir du propre déplacement des berces

sur le terrain que j’ai mis au point la gestion de mouvement, en étendant le principe à toutes les vagabondes. (…) Pour ma part, je tiens la plante en estime. Aucune autre espèce ne peut rivaliser pour former, et déformer l’espace, créer des profondeurs ou les effacer le temps d’une saison, changer l’échelle de perception mais aussi animer le jardin, accueillir des insectes, créer en un temps court sur un espace restreint un petit paysage enchanté à regarder sur la pointe des pieds. Dans le cas d’un jardin, espace clos et parfois raisonné, il est facile de limiter l’expansion de la berce en supprimant les inflorescences fanées avant la maturation complète et la chute des graines. Dans mon jardin je laisse une ou deux ombelles venir à fruit de façon à prévoir une régénération de l’espèce, le pied porteur étant le plus souvent appelé à disparaître.

« L’éloge des vagabondes », G. Clément



 

 

 (Photographies : Cédric Delcloy, Alain Lemarquer)